Révolutions dans les musées américains !

Depuis quelques mois, nous assistons à plusieurs révolutions différentes,  qui ont commencé dans les musées américains il y a quelques années mais sont  en mode « réalisation » depuis quelques mois. On y revoit tout, de la cave au grenier, si je puis dire! Bientôt chez nous? Mais oui, préparez-vous!

  • On accroche différemment les collections d’art ( Un grand mélange de sculptures, arts déco, peintures et histoire…) ;   et au passage on revoit toute l’hsitoire de l’art : trop « blanche », trop « mâle », trop « occidentale »!                                                                                                                                                                                                            •on veut que les populations minoritaires ne soient pas seulement invitées en tant que publics mais représentées dans et par les collections et expositions;                                                                                        • Evidemment les femmes ont leur « METOO » à dire, pour que la parité soit partout (acquisitions et direction des lieux ; artistes…) et payées en conséquence;                                                                                      •Enfin nouveau musée, le Shed, à New York, a fusionné le spectacle vivant et les arts visuels (cinéma, art plastique) dans un même lieu, à l’architecture étonnante : elle bouge !
    Ces grandes tendances sont déjà un peu à l’œuvre en Europe et en France, mais aux USA  ces expériences sont  abouties !                                                                                                                                                                                         Acteurs du tourisme, de la culture et du numérique, voici de vraies nouveautés, avec une des formes culturelles renouvelées, accessibles à tous. Côté publics, on veut plus de représentation des gens qui ne fréquentent pas la culture, et the Shed, à New-York en fait son critère principal. L’histoire de l’art est aussi revisitée, les équipes culturelles doivent comprendre des représentants des minorités, spécialistes, bref, changer devient urgent, car ces révolutions semblent irréversibles pour les musées et les visiteurs du futur !
    I- DIVERSITÉ DES POPULATIONS : diversité dans les collections? 
    Ce qui s’est passé : les directeurs et équipes des musées américains qui voulaient, comme nous en Europe, que tous les américains qui fréquentent ces lieux de culture et d’éducation soient représentés par ce que l’on y montre, ou y retrouvent leur racines(musées d’histoire) ou encore leurs inventions (musées des sciences) ont vite déchanté : la grande diversité des populations qui vivent aux USA, après tant de discrimination positive, représente toujours une infime partie des collections : leur histoire, leurs continents où son néses leur familles,  leurs personnages  importants n’y sont jamais présentés , ou presque. .
    Les grands musées représentent, aux Etats-Unis comme en Europe, l’Homme blanc de la civilisation occidentale. (Son histoire, ses conquêtes coloniales, ses artistes, les oeuvres et objets, les acquisitions…). Tes autres communautés (afro-américains,  Indiens d’Amérique, Les nord-Amérindiens ou membres des Premières Nations) ou encore les femmes ne représentent qu’une minorité dans les millions d’œuvres des collections. .
    Il en est de même pour la direction des musées, pour les équipes : très majoritairement blanches, diplômées masculines. Plus diplômés que la moyenne nationale.
    – Une réorganisation accélérée a donc souvent commencé  par le recrutement de conservateurs afro –américaine de responsables des acquisitions spécialisés en art amérindien, bref, d’une représentation de ce qui avait « fait l’Amérique » !
  • Comme avait dit Beyoncé quand elle avait visité le Louvre pour y tourner un clip, « les femmes dirigeantes sont très peu nombreuses et les autres sont dans des représentations peu valorisantes, mais pour les femmes noires, ce sont presque toutes des servantes, esclaves, courtisanes, prostituées, et nous avons dû chercher longtemps celle qui figure dans le clip. Photo de  Femme noire, longtemps appelée Photo de Négresse, aujourd’hui « Photo de Madeleine ».Une ‘oeuvre de  Guillemine BENOIST ©Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard Paris, 1768 – Paris, 1826
  1. II- DIVERSITÉ DES ACCROCHAGES ET MÉLANGE DES GENRES ! Un autre « archaisme », héritage du passé qui doit changer, pour les musées américains,  est celui de l’accrochage. Les musées préfèrent choisir des thèmes plutôt que la chronologie, et surtout mélanger toutes les formes d’art : peinture, art contemporain, se mélangent avec des scultures ou des arts décoratifs. En fait toutes ces catégories ont longtemps paralysé les musées et sélectionné les visiteurs. Aujourd’hui, les musées pensent qu’elles doivent être mélangées !
    ♥Le MoMA, Piionnier de la révision des musées! La réinstallation de la collection du Musée de New York après son l’extension (qui a coûté 450 millions de dollars) est ès terminée:  « Au MoMA, tout est peu à peu réinstallé après avoir été entièrement repensé. Aujourd’hui, ce travail est encore en cour mais « des fonds de films, de photographies, de design et d’architecture ont été intégrés au cœur de l’histoire, de sorte que les maquettes de bâtiment, les plans des étages modernistes, Des films, des trésors de photos vernaculaires et des clips de films en boucle participent à totue expolisiotn clssique (peinture et de sculpture) non plus dans une salle « à part », comme aide aux visites, mais dans l’es salles, avec les oeuvres. » (Source : réinstallation du MomA par Arnet, à lire ici!)

 

L’African American Museum in Philadelphia- 1976

III- REVOIR L’HISTOIRE DE L’ ART: « Nous devons aussi repenser les catégories  qui enferment l’histoire de l’art ». Des conservateurs, des érudits mais aussi des artistes ou des scolaires se sont mis au travail , toujours au MoMA, , dit le directeur du MoMA, Glenn Lowry,  dans Artnet, ici
«Pour réussir, le poids de l’histoire de l’art« canonique »doit d’abord être écarté, abandonné, avec élégance, au bord du chemin», écrivait déjà  Okwui Enwezor, il y a quelques années. Okwi fut   conservateur, poète, éducateur et historien d’art nigérian, pionnier influent qui  fit connaitre  les Postcolonial Studies dans la conservation.  Pour la réinstallation de la collection du MoMA des thèmes guident les visiteurs selon leurs questions , en plus de la chronologie : « Parfois, ces thèmes sont allusifs et délibérément très souples , permettant des conjugaisons et interpétations différentes: «Répondre à la guerre».

IV- THE SHED, nouveau lieu à New-York !
Terminons sur un OVNI, qui a pris place dans le nouveau quartier de HudsonYard à New-York. (Le Suisse Hans-Ulrich Obrist est associé à la Programmation artistique ,ce qui est un gage d’excellence !(En voir plus sur la programmation artisitque dans nostre PESP ci-dessous).
« The Shed », Le Hangar, se présente comme le nouveau lieu culturel incontournable pour les new-yorkais. Objectifs ? Offrir une expérience culturelle unique en effaçant les frontières entre les disciplines. Attirer davantage de visiteurs en repensant une offre plus globale (Arts visuels, théâtres, concerts, cinéma, danse, etc…) en fusionnant un musée, une scène musicale, et une salle de spectacle immense pour les évènements comme du théâtre, des concerts, des performances ou tout spectacle vivant.                                                                          – Mixez, remixez!  Le lieu peut  ainsi mieux répondre aux pratiques culturelles des visiteurs, à leur vision à la fois plus globale et plus « mixée », mais aussi à leur désir de faire (Makers) . Beaucoup d’ateliers, de résidences d’artistes sont prévus.

Evidemment on pense au schéma des  Maisons de la Culture de Malraux, dans les années 60, mais The Shed n’a pas l’éducation pour objectif, plutôt des rencontres entre les visiteurs et les arts, et entre les gens eux-mêmes.
Le lieu est enfin une prouesse architecturale : le bâtiment peut doubler sa surface grâce à une coque coulissante.Tout un spectacle
Vidéo : The Shed : prouesse de la mobilité ! Le nouveau temple des arts new-yorkais a été inauguré le vendredi 5 avril 2019 et prend place dans toute la reconversion de l’urbanisme du nouveau quartier (25 milliards sur quelques années !) « Hudson Yards, nouvel ensemble de six gratte-ciel en verre bleuté plantés sur une vaste piazza construite au-dessus des rails de Pennsylvania Station a déchaîné un feu de critiques d’une puissance rare. Erigé en emblème de la frénésie spéculative qui reconfigure la skyline de l’ouest de Manhattan depuis la fin des années 2000 et en accélère la dynamique de gentrification, ce complexe de logements de luxe, de magasins de luxe, de bureaux de luxe a été qualifié par le New York Times de « gated community » (« résidence fermée »)… », dit Espérons que The Shed décrispera tout cela.
https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/08/the-shed-un-nouveau-temple-pour-les-arts-new-yorkais_5447157_3246.html

Les architectes sont Liz Diller, cofondatrice de l’agence Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec le Rockwell Group. « Une architecture d’infrastructure, tout en muscle, sans aucun gras », dit Liz Diller !
Une petite vidéo de l’architecture du shed, pour terminer, produite par Dezeen, excellent spot pour l’architecture contemporaine et qui a  127K abonnés.
?(Durée : 4 minutes !) https://www.youtube.com/watch?v=KX_odXZqHIY

Et voilà,

 

Une coque de 3600 tonnes sur 18500 M2…
DESCRIPTIF du Shed : il est Situé dans le Bloomberg Building de Hudson Yards, et dessiné par le bureau d’architectes Diller Scofidio + Renfro – auteurs de la Highline, balade très prisée des touristes , avec la collaboration du Rockwell Group. Sa construction, a duré quatre ans et coûté près de 500 millions de dollars. Le milliardaire Michael Bloomberg, ancien maire de New York, y a contribué à hauteur d’environ 80 millions.
The Shed s’étend sur huit étages, dont deux sont consacrés aux expositions et un au Griffin Theater (500 places). Danse classique, hip-hop, théâtre, littérature, médias digitaux, ou encore expositions de sculptures et peintures: l’offre sera grande et originale. Des œuvres d’art de toutes les disciplines pour tous les publics, résument ses promoteurs. Une sorte de «couteau suisse culturel». La chanteuse Björk a été l’une des premières artistes à y donner un concert. Sa superficie? 18 500 m2.(Extrait de l’article du Journal Suisse Le Temps, à voir en entier ICI. ) :« The Shed, la nouvelle attraction de New York »

POUR EN SAVOIR PLUS

  • Le clip « Apeshit », de Beyoncé et Jay Z au Louvre  : revoir le billet du blog où je vous proposait la vidéo! il a été vu 165 millions de fois sur YouTube. Ce  clip qui voulait affirmer l’égalité de la culture afro-américaine, et plus généralement noire, avec la culture blanche. On se souvient de Beyoncé face à la Joconde, mais aussi du Portrait de la femme Noire choisie par Beyoncé lors de son séjour à paris pour réaliser son clip « Apes » avec JayZ, où, sur 16 oeuvres, cette oeuvre était la seule représentant une femme noire qui n’était ni une servante, ni une esclave, comme souvent. (Une oeuvre de Marie-Guillemine BENOIST ©Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard Paris, 1768 – Paris, . Portrait d’une femme noire- Salon de 1800, sous le titre Portrait d’une négresse – H. : 0,81 m. ; L. : 0,65 m. ).

•Ouvrage Noir : Entre peinture et histoire, du XIVe au milieu du XXe s. une revisite de l’histoire de l’art à travers la représentation des Noirs dans la peinture européenne. Un ouvrage paru l’an dernier 10/2018Grégoire Fauconnier – Naïl Ver-Ndoye – isbn 979-10-97502-00-3- 240 pages « La représentation des noirs dans la peinture européenne », « cela permet de rapprocher la jeune génération de cette culture dite « classique » »dit  Nail Ver-Ndoye
•THE SHED : Voir le site Internet, où tout le fonctionnement et al rpogrammation du lieu sont détaillés. fonctionnement est détaillé.
beau reportage sur The Shed, 52 minutes, de Arte novembre 2019). https://www.arte.tv/fr/videos/085401-000-A/new-york-metropole-des-arts/
• Voir aussi els articles de Artnet, avec les très bons interviews du Directeur qui a repensé entièrement un musée pour le futur.Partie 1  et partie 2 : Interview Glenn Lowry, directeur du MoMA partie 2 : L’expansion du MoMA peut-elle jamais être vraiment terminée? Quel avenir pour ce  musée?

– Voir ce très bon article du Journal le Temps où est interviewé Hans Olbrist sur la genèse du projet artistique et ses ambitions : « The Shed, la nouvelle attraction de New York ». « Le Shed propose certes un grand éventail d’offres, mais peut-il vraiment viser un public large alors qu’il est situé dans un quartier élitiste avec des appartements plutôt luxueux? C’est bien le but, insiste Hans-Ulrich Obrist. Non seulement les artistes locaux émergents, qui ont besoin de soutien, auront accès au Shed, mais le centre devrait aussi rester accessible à des classes sociales défavorisées. «Certains programmes resteront gratuits», relève le Suisse. La révolution The Shed a de multiples facettes. »

  • PHOTOS 
  • Niagara , une photo de Frederic Edwin Church, American, 1826 – 1900datée de 1857. Huile sur toile : 101.6 × 229.9 cm- Corcoran Collection (Museum Purchase, Gallery Fund)-Image Use Open Access- Courtesy National Gallery of Art, Washington
  • Ci-contre : le National Museum of African American History and Culture, de Washnington,inauguré en septembre 2016.   Excellent musée à la muséogrphie sans doue la plus aboutie pour les Post Colonial Studies! Merci Barack Obama! July 20, 2016 – auteur FuzheadoThis file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.(Ci-contre)
    •THE SHED The Hudson Yards development in New York City in March 2019; looking at Culture Shed from north/CC BY-SA 4.0-File:Hudson Yards Plaza March 2019 33.jpg- Created: 19 March 2019
    •Photo de l’indien « The White Cloud, Head Chief of the Iowas »
    : artiste : George Catlin (American, 1796 – 1872) ; Huile sur toile de 1844/1845. Dimensions : 71 x 58 cm- Paul Mellon Collection- Photo en Open Acess sur le site GLAM du MoMA
  • PHOTO MUSEE MoMA Musée d’art moderne de New-York.This file is licensed under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license.USAMoma Date 9 October 2005 Source Flickr . Auteur de la photo : hibino
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    KEN LE TOURISTE PARFAIT Hum… cela sentait New-York, avec ce petit tour revigorant pour faire le plein de nouvelles idées, se dit Ken en survolant ce billet qu’il ne lirait pas. Pas le temps : avion à prendre, puis filer en taxi à son premier Hôtel ; réunion financière pour les investissement à Abu Dhabi, eeeeet, sa Barbie Chérie qui dinerait avec lui car elle faisait un petit saut au Louvre. La To Do List de Ken était comme d’habitude, réjouissante….

 

 

(3 commentaires)

    • Michel grimard on 29 novembre 2019 at 3 h 27 min

    Vous devriez aussi jetter un oeil sur ce qui se passe au Québec. Notre muséologie n’a rien à envier à personne, et ce malgré des budgets modestes. Les mises en exposition créatives et interractives du Musée des civilisations à Québec, les nouvelles galeries des arts du Tout monde au Mnbam, et un foisonnememt de musées réginaux qu’on gagne à connaitre…

    • Serge Renimel on 29 novembre 2019 at 17 h 51 min

    Beau sujet dystopique en perspective: l’hystérie révisionniste s’empare des musées américains qui appellent désormais au boycott d’artistes  »déviants » (bel oxymore !).
    Sous le titre ‘’Is It Time Gauguin Got Canceled ?’’ le New York Times relaie la vague montante du politiquement correct muséal US qui prône l’éradication de collections non conformes à la doxa post-metoo : ‘’Museums are reassessing the legacy of an artist who had sex with teenage girls and called the Polynesian people he painted “savages.” Bravo, au passage pour la subtilité de la remise en contexte historique !…
    À terme, l’immense majorité des œuvres artistiques de nos musées pourront donc disparaître en application de cette nouvelle  »jurisprudence Gauguin » et de son interprétation qui ne manquera pas d’être extensive à l’infini: dehors les artistes alcooliques, drogués, hérétiques et relaps, ou même soupçonnables de vagues penchants incompatibles avec l’intransigeant puritanisme de l’intelligentsia américaine !

  1. Merci, Cher Michel,je regarde toujours le Québec d’un oeil vif, mais tant de pays ont aujourd’hui des musées « parfaits » qu’un article sur mon petit blog n’apporterait pas grand chose à votre excellenteréputation!En fait je me consacre surtout aux « petites différences » qui déplacent les lignes habituelles. Par exemple la Direction du musée de Normandie qui propose aux habitants le choix des expos de ses musées, ou aux USA ce mécontentement des directeurs qui ont intégré des jeunes amérindiens dans leurs commissions d’acquisitions pour que chacun des visiteurs puisse se « trouver » et retrouver son passé et ses créations dans les musées. Nina Simon le fait aussi en Californie. Merci en tous cas de vote intérêt pour mon petit blog, c’est gentil!

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