Ce qui plombe la Culture

MUSEES, le choix de l'architecte - Revue INTRAMUROS - Voir la légende à la fin de l'article

Vous croyez que je vais vous parler du manque d’argent ? De  la crise ? Du manque de postes ou  de la faiblesse des artistes? Eh bien non, tout cela va bien, dirons-nous, et suffit à envisager des avenirs glorieux pour tous les artistes et pour tous les spectateurs avides que nous sommes. Ce qui plombe la culture, c’est que l’administration de l’Etat vacille…
Heureusement,  les collectivités territoriales inventent, réseautent, veillent et agissent. Les régions, les départements, les villes et leurs groupements redressent l’édifice, mais on a envie de leur souhaiter de tenir  le coup et, comme ils vont sans doute le faire, de garder leur compétence culturelle le moment venu (Réforme territoriale, en cours… Suspens…).
Voyons donc ce qui ne marche pas au niveau central, comme on l’appelle, celui de l’Etat,  et comment faire, sur quoi peser, quelles pistes pour soigner cette déprime. Car nous avons ici, vous le savez bien, toutes les audaces ! 
1 – Une réorganisation du ministère sans redéfinition de ses missions
A chaque grande mutation de la société ce ministère a réorganisé ses missions, abandonné des objectifs qui n’avaient plus de sens, et surtout en a créé de nouveaux, qui correspondaient mieux à ces mutations. Aujourd’hui, rien de la sorte. On a l’impression que les agents ont tellement ramé , depuis cinq  ans, contre les réformes ( la LOLF, en 2002, les obligeant à un petit travail d’opérateurs, puis la fameuse RGPP) qu’ils n’ont rien prévu, rien préparé, et que c’est le grand désordre, en ce moment.  Cette RGPP qui aurait dû aussi prendre la forme d’un petit examen de conscience : «  A quoi sert ce que je fais ? Que pourrais-je faire de mieux ? »  qui n’a pas eu lieu collectivement. Du coup, nombre de circulaires, de dispositifs, de procédures sont inadaptés au réel, et de plus l’aide du ministère pour vivre joyeusement les nouveautés est quasiment inexistante. Pour les NTIC, par exemple, ce n’est plus un wagon mais un train de retard qu’a pris l’Etat, qui ne se gargarise que du mot « Numérisation » comme si cette technique n’était pas déjà à l’œuvre avant le Plan de Relance. Prions pour qu’Aillagon Junior, très fort sur ce point, puisse travailler en paix, et vite !
2 – Des agents déboussolés
Supprimer des postes est une agression symbolique, dirons-nous. Cela veut dire que ce que vous faisiez disparaîtra à votre départ en retraite comme si rien n’était  – En gros, vous étiez inutile! Et vous pouvez vous sentir un peu déprimé, non ? –  même si aucun agent ne perd de poste, ce qui est le principal, somme toute.
3 – La place de la culture dans les priorités des français
NB : Je parlerai ici de la culture classique,  patrimoine-musées-théâtre-Cinéma-vidéo- art contemporain ou architectures d’architectes……puisque notre Johnny H, Madonna ou  Mika sont à la rubrique culture de tous nos magazines,  tout comme Plus Belle la Vie.
Terminé les ministres d’Etat, ce rang  qui leur donnait une place de choix dans la voix de nos présidents de la République : terminé les Malraux, les Lang, qui accompagnaient les Présidents et les conseillaient sur leurs discours et leurs projets. Ou inventaient de nouveaux programmes culturels. Maintenant on recycle l’existant, faute de ne pas avoir le courage de l’évaluer.
Terminé, dans les schémas régionaux, départementaux, la présence forte de la Culture, au nom d’au moins dix priorités territoriales  que l’on peut énumérer comme suit : Sécurité/Santé/Emploi/Développement économique et aménagement/Logement/Environnement et Développement durable/Transports et routes /Education jeunesse et Formation /Publics en difficulté- personnes âgées, dépendantes, chômeurs, handicapés…/Formation.
Il ne reste plus à la Culture qu’à se faufiler dans ces programmes ou dans d’autres, comme ceux de  l’Europe, ceux du   Tourisme  🙂 ou ceux du secteur privé.
5 – La Globalisation
Globalisation des problèmes et nouveaux dilemmes du monde :  les droits d’auteurs, au niveau international, avec Google et Hadopi, deviennent des sujets centraux pour la réglementation et la régulation, deux rôles, il est vrai  majeurs pour un  ministère. Globalisation encore des crédits et des méthodes pour la numérisation de la BNF. L’exception française a du mal à résister, car d’autres cultures, d’autres civilisations veulent leur place au soleil ( Les nouveaux pays de l’Europe pour les crédits européens ; la Chine ou l’Inde pour l’art contemporain…) et le « monde entier » ne nous envie plus. Enfin nous ne sommes plus seuls à pouvoir forger des modèles culturels, comme dans le passé, et les pays européens, en particulier, entrent dans une forte concurrence contre les pays émergents et même entre eux. C’est vrai que pour la médiation ( musées, monuments), le Royaume Uni est plus fort que nous, pour  les TIC le Canada est meilleur que nous, pour les financements et les nouveaux modèles économiques  les américains sont plus forts que nous ! Et pour l’énergie, les jeunes professionnels espagnols sont incomparables! Et que peut-être, à force de dire « Oui-mé-nou-C-pa-pareil !!! », on risque de se retrouver uniques au monde, certes, mais rincés, désargentés, figés, déboulonnés, appauvris, comme des résistants d’un camp retranché de toute la vraie vie, qui elle, sera partie…Ailleurs ! 
6 – La Nostalgie
Nostalgie de professionnels, sur l’air de C’était mieux avant. A avoir connu des jours plus glorieux qu’aujourd’hui, on dirait que nombre de professionnels se sont arrêter de penser. Ils se pleurent dessus toute la journée.
Pour les français qui profitent de la culture, un autre son de cloche, plus virulent, repris par  les syndicats, et par tout le service culture  : « l’Etat-n’à-qu’à-payer !!!» . Oui, mais l’Etat c’est vous et moi, et, simplement, pour ne pas me faire traiter (encore une fois…) d’ultra libérale, je vous raconterai cette anecdote glanée à l’Assemblée nationale : un député de gauche se fait applaudir pour sa proposition d’une nouvelle mesure de protection du patrimoine. Il expose, brillamment, son projet.  Tout le monde est ravi. On l’encense. On passe au vote, et aux députés qui doivent  approuver par ce vote, ou non, une augmentation des impôts. Et là, la cata, les députés ont voté non. Explication de quelques-uns, à la sortie de l’hémicycle, auprès du député, un peu  vexé : Que voulez –vous, les gens ne veulent plus payer des hausses d’impôt pour l’entretien du patrimoine, je les connais ! ( voir §3 , les priorités).
7 – Le dépérissement de la prise de décision
Qui prend aujourd’hui la décision ? Pourquoi tant de réunions, de délais, de concertation pour des décisions simples? A dire vrai, faute de réelle réorganisation, de missions claires, d’empiètements divers et variés, et puisque le travail de fond ne semble pas être entrepris collectivement  pour clarifier tous les objectifs, évaluer les actions de l’extérieur,  ou encore créer, grâce à des veilles efficaces,  de nouveaux programmes dont la culture aurait besoin, la prise de décision est compliquée.
8 – Les OVNI du système
Dans ces conditions, les établissements publics vont bien mieux. Avec une liberté certaine, ils ont peu à peu gagné leur pari de dépendre le moins possible de tutelles qui les brideraient trop, et sont capables de prendre des initiatives et les responsabilités qui vont avec.
L’Agence France Muséums, qui gère, entre autre,  le projet du Louvre à Abu Dabi, et  le Conseil de la Création artistique, sans doute eux-aussi créés pour avoir une autonomie d’action, sont, en tous cas pour le second, tirés à vue très injustement par les milieux culturels ; plus que ses actions, ses projets, auxquels il faut donner le temps d’exister avant de les condamner, c’est son statut juridique qui pose problème. Car faire des projets pour les jeunes de milieux défavorisés, avec les meilleurs équipes culturelles, est-ce mal?A-t-on tout essayé? Non, alors, laissons-les tenter l’expérience, communiquer, même à outrance, sur un sujet qui est sans doute l’un des plus beaux du monde, la démocratisation d’actions  autrefois, et encore aujourd’hui,  réservés à une élite.  Pour l’Agence du Louvre à Abu Dabi, le seul fait qu’elle soit en mesure de vendre l’ingénierie de ses  projets et que le talent de ses professionnels est ainsi reconnu est réjouissant. 
9 – Et pendant ce temps là, le Ministre ?
A-t-il de grandes idées ? Veut-il développer son ministère ? On n’entend rien ! Le ministre voyage, Le ministre inaugure, le ministre décore, le ministre assiste,  le ministre prend part…On  ne doute pas qu’il ait de quoi faire.
Mais quels espoirs, quelles nouvelles énergies, quel souffle  apporte-t-il ? Et dans ce tableau tristounet que nous venons de décrire, quelles perspectives de réorganisation, sur quelles projets neufs ?  Ou, a minima, quels encouragements pour l’ensemble des acteurs de la culture qui se bougent, quelles paroles pour reconnaître et encourager l’activité des régions?
 KENAPAK !
Ken prépare ses vacances de Pâques. Il a fait, avec un super magazine, GEO, le tour des musées incontournables du monde. En touriste parfait, il a aussi trouvé quelques perles hôtelières, de quoi se prélasser car, vous n’allez pas me croire, Ken va prendre deux jours de vacances ! A Pâques. Cela lui arrive tous les dix ans, environ, car Monsieur n’aime que son business, ses affaires  et gagner des millions de dollars. Habitude qu’il avait prise avec Barbie, pour nourrir ses poulains, la couvrir de bijoux, remplir sa piscine et  entretenir sa maison de 26 pièces. Et celle de sa mère à L.A.  Mais depuis qu’il a quitté Barbie, tout cet argent…Une petite RGPP (Révision Générale de ses Projets Perso)? Une neuvième voiture ? Non, il irait à Rome, après son week-end musées. Allez les girlies, vous n’allez pas le laisser tout seul : rendez-vous au pied du musée du Vatican  le 6 avril à 10 heures. Et n’oubliez pas, Ken est un petit coeur à prendre!!!
LEGENDES DES PHOTOS
EN HAUT
: INTRAMUROS, International Design magazine, N°147, mars-avril 2010 « Musées, le choix de l’architecture », un bon reportage. Et le premier ou la première qui m’envoie le nom du musée qui est sur la couverture a gagné…devinez quoi? Une photo de Ken ! Avec une dédicace par mail ! Ouiii !!!!
EN BAS : GEO Découverte Hors Série mars 2010   « Les plus beaux musées d’Europe », avec une visite guidée, épatante, ultra documentée, des 100 musées incontournables européens. Hyper bien ce numéro. Bravo à Jean-Luc Marty, très Ken, d’ailleurs, sur la photo du sommaire, le rédacteur en chef et directeur éditorial. 6 ,90€, certes, mais vous zappez deux cantines, et hop ! Le tour est joué, avec 2 kg en moins pour cet été, pas trop bien ?

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