Enjeux du Tourisme Culturel

Ken à la très chic Chalet Society, au Museum of Everything (Paris)

Le tourisme culturel est en France à la croisée de deux chemins : celui de l’autosatisfaction, style Cocorico nous sommes les meilleurs et pourquoi se donner du mal ?, et un autre chemin très innovant, déjà emprunté par plus de 200 villes ou régions, avec énergie, que nous découvrirons la semaine prochaine. Comprendre pourquoi le premier, malgré tous ses avantages, car il ne change rien ou presque, est une impasse, voilà notre fil rouge, sur fond d’un redémarrage salutaire autant qu’inédit !

Ce qui est en jeu, ce que nous avons à perdre, c’est notre leadership de Premier pays touristique du monde (80 millions de touristes étrangers chaque année) et de Premier pays culturel, au moins pour l’offre très abondante et en bon ordre de marche (2000 monuments historiques sur 40 000 inscrits ou classés; plus de 3000 musées; plus de 30 000 sites ou évènements ouverts à la visite , de toute nature –  galeries et site  d’art ,villages historiques, artisans, Festivals, entreprises, fouilles archéologiques, châteaux, muséums…et  38 sites majeurs inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO). Ensuite c’est notre modèle historique de Tourisme culturel qu’il s’agit d’évaluer,  où l’abondance de l’offre tient lieu de critère de qualité, même si ces offres ont souvent mal vieilli et auraient besoin, comme nos hôtels ou de nombreux Circuits, Routes, Chemins, y compris celui de Compostelle,  d’une sérieuse mise à jour.

Enfin ce que nous pouvons aussi perdre, à très court terme,  c’est la source de financements venus du Tourisme, pour la culture, source  dont on souligne rarement l’importance. Car « pas ou moins de visiteurs » : pas de financements ! A moins d’une hausse sensible des crédits publics, qui ne semble pas être dans l’air du temps. Un chiffre ? Les retombées économiques du seul domaine du patrimoine sont évaluées, dans la dernière étude sur le sujet du ministère de la culture, à 15 milliards d’euros annuellement en France.Bref, nous avons donc tout à gagner à revisiter l’ingénierie du Tourisme culturel!

I – MON EGLISE ROMANE EST PLUS JOLIE QUE LA VÔTRE…Nous avons vu la semaine dernière que les 25 pays émergents visitent l’Europe mais aussi leur propre pays, formant une immense et très inattendue concurrence étrangère. Mais il en est une autre, interne, qui est aussi redoutable : celle des sites culturels entre eux, celle des Offices de tourisme qui se « piquent  les clients », d’un beau village fleuri à l’autre.

Cette concurrence en interne, entre nos territoires ou entre nos sites culturels est vécue comme une fatalité et ses solutions techniques à chaque fois reportées alors que les Rapports se suivent pour dénoncer l’imbroglio et l’invisibilité de l’offre . Elles existent, de plus, mais le nouveau Gouvernement comme l’ancien font la sourde oreille pour réduire la confusion et les coûts du millefeuille décisionnel : car, en fait, l’Etat, les Régions, les Départements, les Villes ou villages ont tous le droit de créer des offres, d’en faire la promotion avec leurs propres moyens et sans concertation suffisante. Donc une bonne douzaine de petites églises sur chaque site Internet vous attendent, et ne comptez pas trop que l’on vous dise que celle-là est réellement la seule à visiter, la plus ancienne, la mieux conservée ou encore la plus riche de peintures murales. Bilan de votre quête : rien n’émerge, tout est « à voir absolument » puisque vous est donc présenté « à égalité ». Cette spécificité française ( Tout présenter à égalité) a été, il faut le signaler, abandonnée par les autres pays européens.

La solution serait évidemment de qualifier, de hiérarchiser ces offres, de ne proposer à un groupe ou à des véritables fans amateurs que ce qui leur convient. Que de déceptions seraient d’ailleurs évitées si l’on faisait une croix sur cet embarras du choix! On comprend mieux pourquoi les valeurs sûres, comme la Tour Eiffel ou le Mont-saint Michel, sont plébiscitées par les Tour Opérateurs, qui ne peuvent pas prendre le risque de cette déception.

A lire pour devenir parfait : l'excellent M-tourisme (Cahiers de la Revue Espaces)

II- UNE PETITE BAISSE DE REGIME ?Ce que nous pouvons vous assurer, c’est que ni l’effet « Eglise romane » ni les freins à la visite culturelle n’ont fait l’objet du moindre groupe de travail ou de la moindre stratégie au niveau national depuis les belles années 85-95. Le cas des usages du numérique est édifiant : les textes-papier sont très généreusement repris en copié/collé sur les sites Internet; les visites toujours aussi élitistes- « Aryballes IVs. Av. JC »– et les contenus des nouvelles aides à la visite numérique sont  décidés par les chefs d’établissement et les « scientifiques » qui parlent alors à leurs « pairs ».  Ces freins sont bien identifiés et depuis longtemps, mais la Culture, en total repli national sur les seuls « publics de la proximité » n’a changé aucune de ses procédures et missions pour y porter remède. Alors le Tourisme préfère investir dans les Golfs ou les Parcs d’attraction, le Tourisme Vert ou le Tourisme d’Affaire tellement la route y est plus facile (Pour faire bref : un projet+ des investisseurs et on peut foncer) et donc plus rapide et plus lucrative.

Les bilans de la fréquentation touristique montrent en conséquence une croissance pour les gros block busters de la culture, et une stabilisation ou déperdition ailleurs. Une exception : les sites culturels  qui, très nombreux, inventent de nouvelles destinations touristiques (Metz, Lens…) et de nouvelles gouvernances du tourisme culturel (Nantes ou Lyon, Lille ou Aix-en Provence..). Mais ces sites sont très minoritaires, peu encouragés et leurs « modèles » sont mal connus. Ils ne peuvent donc compenser l’immobilisme d’une grande majorité de sites et d’évènements culturels ou des services techniques du ministère de la culture, qui n’a toujours pas le moindre petit Bureau de ressources ou d’aides à la définition de stratégies pour le tourisme culturel (27000 fonctionnaires, pourtant.).

III- MALGRÉ UN POTENTIEL INCROYABLE…Reprenons les chiffres : 80% des touristes interrogés disent que la France Culturelle est leur premier souhait de destination. Pourtant, on sait que, au maximum, 30% d’entre-eux visiteront effectivement les sites ou évènements culturels. La marge est donc grande entre ces 80% de désirs potentiels et ce qui se passe en réalité.

ET DES SOLUTIONS à tous les problèmes « en jeu » :

– Ne plus réduire l’offre culturelle au Patrimoine et aux musées mais tenir compte des huit filières de la culture ;

Moins isoler l’offre culturelle en la mariant avec d’autres activités ( Tourisme culturel et Shopping, et tourisme d’affaire , et Agri tourisme, Tourisme Vert, œnotourisme ,etc…);

A partir de nouveaux objectifs, créer des réseaux diversifiés, qui sortent la Culture de cet isolement « Tout culture » dont témoigne ses partenariats historiques (Ecoles ; Universités ; autres sites culturels ou Publics Empêchés) qu’elle ne parvient que rarement à enrichir d’autres compétences (Voir le schéma en bas du billet);

– Réduire la fracture du « Travail ensemble » du tourisme et de la culture par la création de projets conjoints  (Au niveau local, par exemple  : Organisation/choix et  qualification des offres/répartition des compétences/commercialisation/promotion  de l’offre.(Voir le schéma en bas du billet)

III- LES PERSPECTIVES A partir de ce nouveaux ensembles culturels, plus contemporains (Cf. Les 8 filières de la Culture)  la principale perspective tient à notre avis aux réponses qui seraient apportées à ce désir de « Comprendre » plutôt que d’APPRENDRE » que nous avions souligné la semaine dernière, car il correspond aux trois  champs innovants à creuser dans les 5 prochaines années :

1) Du côté des visiteurs : CONVIVIALITE,  PARTAGE et rencontre avec les habitants ; ou, profitant du profil –type de tous les visiteurs culturels fidèles du monde entier : voyages à haute valeur ajoutée, visites  Haut de Gamme ou Luxe seront (et sont déjà, ailleurs qu’en France…) des pistes de développement local.

2) Du côté des contenus de l’offre : CO-CREATION DE CONTENUS et  EVALUATION : l’échange possible entre les sites culturels et leurs visiteurs sont en eux-mêmes des sources du changement, comme cette possibilité des internautes de créer des offres ou de faire évoluer l’offre actuelle. Tout ne viendra pas d’en haut, comme aujourd’hui, mais  prendra  la suite  d’un  dialogue avec les usagers. (Cf. les équipes Museomix pour l’évaluation).

3) Du côté des modèles de gouvernance : le tourisme culturel n’a aucune spécificité particulière, mais devra comme tous les autres secteurs ne plus subir à sens unique le poids des organigrammes verticaux, des conventions établies ou des statu-quo réglementaires et législatifs actuels, qui vitrifient ensemble et durablement une situation sans lui procurer de nouvelles énergies.

En conclusion : s’il est toujours difficile de « faire son deuil » des habitudes et des process anciens, que l’on sait ne plus correspondre au présent et encore moins à l’avenir, il convient de remarquer que le seul argument valable pour les conserver est souvent « Ça, je sais le faire et donc je continue ».Ce qui est peu. Et « ne plus subir à sens unique » c’est surtout inventer, au plus près du réel, de nouveaux projets. C’est ce qui ce qui se passe depuis dix ans pour les Creative Cites du monde entier, le seul modèle qui fasse réellement appel aux compétences locales, et dont on parle si peu en France. Une perspective très revigorante!

4) Demain, l’anticipation sera complexe et… collaborative !Pour ré-organiser le tourisme culturel, pas de Haut Conseil et encore moins de Comités de pilotages régionaux +120 réunions, vingt-mois de travail coûteux+ 22 Conférences pour débattre par région des résultats! Ce serait mieux de faire un projet collaboratif. Voici donc notre Cadeau Bonux : suivre les conseils de Norah Raford, lorsqu’il cite le jeu Connected Citizens lancé par l’Institut pour le futur : en 24 heures, lors de son lancement, quelque 7000 idées de plus de 5000 personnes provenant de 50 pays ont été produites  sur le changement de gouvernement. Un scénario en vidéo  était  proposé aux réactions des internautes, comme un scénario d’anticipation traditionnel, mais ici augmenté de la puissance du réseau. Autre exemple : le post-card urbanism a interrogé l’avenir du transport et de la mobilité dans les villes suédoises en utilisant la plateforme développée par Norah Raford, Futurescaper, un outil pour créer de la planification stratégique sur le mode collaboratif. (Futurescaper permet de créer des cartes mentales collaboratives  .Voir l’article complet au sujet de l’anticipation sur le site de la Fing cette semaine.

– LA SEMAINE PROCHAINE NOUS VISITERONS LES NOUVELLES EXPÉRIENCES, pleine de petits projets agiles ou de savantes réorganisations (Ah ! Le nouveau Versailles de J.J Aillagon, aussi étonnant que ce qu’il avait fait à Venise !).

– POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES ENJEUX DU TOURISME CULTUREL : lire Les enjeux du Tourisme Culturel en France, REVUE FUTURIBLES, n° 387, juillet 2012 ;

Le Tourisme Culturel, Editions Territorial ,  Évelyne Lehalle – Numéro 700 paru en décembre 2011-ISBN13 : 978-2-8186-0249-2. ISBN version numérique : 978-2-8186-0250-8-164 Pages- (70 € pour l’ouvrage broché et 50 € en version numérique).

KEN LE TOURISTE PARFAIT Ken n’était pas d’accord ce matin avec son ami Barack. Pourquoi c’était toujours lui qu’on envoyait en France ?, pensait-il… Mais, lui avait répondu son ami Président, « parce que tu es un Touriste Parfait , tu voyages comme je gouverne, dans la joie et la bonne humeur et tu en profites, je ne sais comment,  pour faire des Affaires, produire des retombées sur ton passage comme des nuées d’étoiles. »Sa mission était encore quasi-impossible : convaincre une chaine de télé  d’arrêter de dire toute la vérité sur Goldman Sachs, sur l’Europe Business ou encore Qui paye lorsqu’il faut sauver les banques ?  Mais un peu de tourisme sur la culture économique, ça lui plaisait bien. Fan de politique, Ken devait empêcher une révolte en Europe, Ouhaou !

—-Légende de la Photo de Ken Exposition Ça pince ! à l’Aquarium de Paris -17 janvier au 5 avril 2013.Spectacles, films ateliers, www.cineaqua.com/index.php/fr/
Chasse au trésor, marionnettes, visites de nuit…Jeudi 4 et samedi 6 avril 2013, l’Aquarium de Paris organise deux journées consacrées aux professionnels du tourisme. Un eductour destiné à présenter les activités du site et à permettre de tester ses offres. L’opération débute jeudi 4 avril à 13h avec un déjeuner, une présentation de l’aquarium et une visite guidée. Le programme du samedi 6 avril prévoit un accueil café, une présentation et une visite de l’aquarium et un déjeuner à partir de 10h.Le même jour, une autre visite est prévue à 19h. Elle est suivie d’une coupe de champagne et d’un dîner au restaurant de l’aquarium.(Info Tourmag)www.tourmag.com

G A L E R I E   DE  S C H É M A S

1) Les fréquentations , pour avoir des ordres de grandeur:

2) Les motivations


3) La part PIB

4)Travailler ensemble?

 

5) Passer des réseaux « tout culture » à des réseaux qui apportent des compétences nouvelles

6) Les trois publics de la Culture

7) Les huit filières du secteur  culturel


(3 commentaires)

1 ping

    • elbée on 4 mars 2013 at 19 h 34 min

    Y a juste une petite idée qui me vient après lecture de cet article intéressant : toute la problématique n’est-elle pas déjà visible dans la séparation des ministères ‘tourisme’ et ‘culture’ ? Cela me rappelle vaguement les distinctions que font certain(e)s entre voyageurs et touristes…
    N’a-t-on pas tendance de trouver toujours des antagonismes au lieu de chercher des complémentarités ?

  1. Encore une bien intéressante étude,qui devrait inspirer de nombreux décideurs publics et prives.Continuez dans cette voie enrichissante.

    • Tematis on 19 avril 2018 at 10 h 55 min

    Bravo pour votre article qui est très complet.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.