L’Avenir selon Google

Espace Public : Google a les moyens de tout gâcher! titre de l’ article de Vraiment Vraiment, l’agence de Design.

Qui peut résister à l’omniscience de Google ? Les villes devront-elles racheter leurs propres données à Google, un jour? Pourrons-nous encore flâner dans les rues ? Mon musée disparaitra-t-il des cartes touristiques ? Telles sont les questions posées par le magnifique texte de « Vraiment Vraiment », un long article de 50 pages que je vous résume ici, à lire de toute urgence, pour préparer vos parades à ces réalités.
– Ce billet, comme tous ceux que je vous propose de temps en temps sur l’incidence des Big Data sur le tourisme culturel, est un résumé des 50 pages de ce texte, auquel j’ai ajouté quelques avis sur des impacts « Culture et Tourisme ». Enfin, et contrairement à ce que l’on vous dit souvent, cette situation n’est pas « pour demain » puisque c’est déjà celle de la majorité des pays du monde. Et attention, ça va piquer!(Photo : flâner, comme ce « Jour de pluie à Paris de Gustave Caillebotte, tableau de 1877).

I- GOOGLE EN VILLE, C’EST QUOI ? Je vous résume !Google a un objectif clair : être le premier et le plus fort pour ramasser/trier/utiliser toutes les données d’une ville…et de ses habitants. Puis, les vendre ! Peut-on dire que les communes, métropoles et Intercos, mais aussi les Régions et les Départementaux rachèteront à Google les données des habitants de leur territoire ? Oui, car le travail de Google est exactement celui dont ont besoin les acteurs des collectivités publiques pour s’informer avant de choisir et de décider. Mais ces acteurs ont une difficulté : récolter toutes les infos des usagers et leurs évolutions ; récolter aussi les données de leurs différents Services (Urbanisme mais aussi Transport, Travail, Loisirs, Logement Tourisme, Culture…). Sans compter que le tri des données et son interprétation demandent des compétences qui coûtent très cher (Data-scientists).
Or, Google est déjà très bien équipé pour cette récolte des « expériences des usagers » et pour le tri des données : ne garder que ce qui est le plus pertinent ( important pour les usagers…) ou décisif pour l’avenir et ses objectifs, et les stratégies qui les président, sont simples, dit le texte :
1. offrir des outils gratuits aux usagers, basés notamment sur des données publiques
2. installer un monopole
3. revendre aux collectivités ces données/outils

II- LES OUTILS DE GOOGLE En bref,dit le texte, Google a ce qu’il lui faut (Maps, Sidewalk Lab, Google Ads, Waze), et il a depuis longtemps le dispositif nécessaire d’intelligence et d’intuition pour choisir et orienter se recherches (Intelligence artificielle mais aussi meilleurs experts du monde en chair et en os!).
– L’article propose d’ailleurs, pour nous convaincre, une analyse des cartes qui montrent que Google sait « choisir, et montrer ce qui mérite flânerie et les centres d’intérêts » de Bruxelles, Saint Etienne, La Charité-sur-Loire ou Alès, ou tout ce qui fait une destination “digne d’intérêt”.
– Pourtant, et là le texte devient passionnant, plusieurs surprises nous attendent : les algorithmes ne produisent pas toujours ce que nous imaginons, car Google choisit les lieux, sites ou monuments avec des critères très différents des nôtres. Par exemple celui d’ « irriguer de vitalité les quartiers qui les entourent ». Le Louvre-Lens et le Mucem échouent ainsi, sur les schémas, à irriguer et redonner vie autour d’eux. Un code couleur les montre tous deux en « ilôts de jaune au milieu de quartier gris »…Suit une passionnante explication sur ces couleurs, le jaune –orangé étant la couleur de rez-de-chaussée actifs (Flux de visiteurs, apport de valeur, activité commerciale, etc…) mais….les algorithmes restent secrets.
Les Centralités d’intérêt ne sont pas non plus ce qu’il y a de plus important, pour une visite de ville comme pour y vivre ou y travailler. Les « must have culturels » ou les lieux « émouvants ou romantiques » que nous croyons importants n’y figurent pas. Google dit choisir les « espaces où se balader, les rues populaires ou les cœurs des villes » retravaillés par ses soins, mais au fond, cartes à l’appui, ces choix lui ressemblent : c’est son algorithme qui choisit “les centralités d’intérêts” au sein des zones urbaines », dit le texte. Donc, à mon avis mais vous le partagez sans doute : Google ne connait ni les profondeurs de l’Histoire d’un lieu, ni l’émotion que dégagent certains sites, en grande aprtie car sa culture est américaine (cf en IV). Pas de jardi sculpté par Juan Miro à la Fondation Maeght,  pour vous aider à réfléchir (Notre photo) et centraliser votre intérêt.

III- – DES DONNÉES, MAIS SUR QUOI ? A défaut de savoir précisément comment Google traite les données, on peut deviner, à partir de l’analyse des zones concernées, que les jeux de données agrégés par Google son sont interopérables. Ces données comportent les « profils des usagers, adresses, cadastres et formes urbaines, mais aussi la typologie de la voiries et des espace publics ; les horaires d’ouverture et d’affluence, les notes et commentaires des usagers qui ont un compte Google ainsi que tous les évènements et produits vendus, avec le temps moyen passé sur place, les public type (locaux, touristes, familles…?),le mode de transport des usagers qui s’y rendent », etc.
Je rajouterais volontiers : quand, avec Malika Boudellal, nous supplions les instances françaises du tourisme et de la culture de nous fournir quelques statistiques, allez, deux ou trois par ans, sur les profils des visiteurs des sites culturels, nous sombrons donc dans la dépression, au vu de ces données collectées et activées de Google.
Car ce sont toutes ces données, concluent les auteurs du texte, qui créent cette « omniscience exclusive de Google sur la Ville » et rendent possible, à plus ou moins court terme, de privatiser et monétiser l’information sur l’espace public (et rendent donc possible , la remise en cause de fait de sa nature fondamentalement “publique”) ». L’article rappelle que Google Maps est devenue aujourd’hui payante, après nous avoir donné l’eau à la bouche, et être devenue, en dix ans, indispensable (Un milliard d’usagers). Nous y voilà !Google va faire payer aux collectivités la connaissance de leur propre ville.

IV- UNE LECTURE AMÉRICAINE DE L’ESPACE PUBLIC 
• La centralité urbaine américaine s’articule principalement autour de deux figures majeures : la rue commerçante américaine (une voie carrossable bordée de foncier privé) et le centre commercial — le “mall” — pastiche contemporain de l’espace public avec ses fontaines intérieures, ses bancs, son éclairage artificiel “naturel” voire, demain, sa nature artificielle.
• Les dynamiques actuelles de piétonnisation, éloignées de ce qui se joue outre-Atlantique, sont aussi maltraitées (non inclues dans ses cartopgraphies prédictives) « Les quais de Seine piétonnisés de Paris, pourtant très fréquenté, ne seront jamais mis en avant comme “Zone of interest” parce qu’ils ne sont pas bordés par du foncier privé (seulement par des péniches et des structures temporaires qui n’apparaissent pas dans le cadastre) ».
• Le taux d’affinité joue aussi sur les mots, à mon avis, d’après le texte : Etes vous Musée ancien, centre de culture scientifique et technique, un muséum ou un musée contemporain de la création arty ? Google dispose depuis quelques mois de votre “taux d’affinité” avec vos lieux préférés. Ce taux est calculé sur la base de vos requêtes précédentes ou toute autre donnée personnelle liée à vos usages des différentes applications de Google. Vous verrez ainsi en priorité les lieux et activités “qui vous ressemblent » et où vous préfèrerez aller et retourner ; alors l’expérience urbaine sera seulement la vôtre, loin de l’échange promis par la notion de « ville ».

V – TOURISME ET CULTURE : « la promesse d’attirer X milliers de touristes par an, de générer X millions d’euros de chiffre d’affaire commerçant (et les recettes correspondantes pour la ville) et de créer quelques dizaines d’emplois, sera difficile à repousser ».

1- Les Offices de tourisme pourront –ils rivaliser avec ces « offres extrêmement personnalisées, au plus près du profil et donc des souhaits des visiteurs, oppouvont nous nous demander, en lisant le texte ? Ou bien deviendront-ils inutiles, tous comme la recherche de publics potentiels, la médiation dans les sites culturels »ouvert aux données de Google ? » ? detoutes les phases du voyage seront impactées de « conseils » inclus dans les communications du tourisme culturel : avant, pendant et après le voyage.

2- Le programme “Action Coeur de Ville” pourrait paraître bien timoré et compliqué, à côté. Pour les établissements ou événements culturels, le « pouvoir de voir à travers les murs » et de leur apprendre « comment se montrer, s’offrir à la ville et à leurs passants », sera aussi redoutable.
2- Accompagner le visiteur :  « Vieille promesse technologique, la réalité augmentée entrainera entraîner un changement radical ; elle aidera la navigation en ville “pas à pas” , deviendra l’assistant continu de nos déambulations, et de leurs recherches. Elle va également permettre aux systèmes de navigation de se rendre accessibles y compris à l’intérieur des bâtiments (où il n’y plus de signal GPS) ».
3- Décider des centres d’intérêt :  Google a donc le pouvoir de faire disparaitre un lieu site culturel d’une carte de voyage ? Si cela est possible pour un commerce, ce sera possible si le site culturel n’est pas un bon élève de l’ami Google : s’il n’a pas payé Google pour figurer sur ses cartes, mais aussi s’il n’a pas un bon taux d’affinité. D’autres critères seront possibles pour ne plus vous voir proposer un monument, un itinéraire culturel ou un musée (Leurs Situation, affluence, alentours dynamiques) Peut-être qu’en payant « davantage ??? Nous y voilà. )

EN CONCLUSION  : bien d’autres sujets et thèmes figurent dans cet article et il est difficile de résumer cinquante pages en trois, mais je suis certaine que vous les lirez avec attention, selon votre situation ou vos goûts, votre environnement.
– L’ article veut prévenir les élus et tous les acteurs publics, avec lesquels il est assez sévère : « Les acteurs publics semblent totalement dépourvus d’ambition et d’outils pour analyser de façon critique les stratégies Ux (user experience) des acteurs numériques et leurs conséquences économiques, sociales, culturelles et politiques. Cet angle mort les prive d’une capacité à détecter des signaux faibles pour penser la fabrique de la ville de demain, voire conduise tout droit à la confiscation par les nouveaux acteurs de ce qui fait l’essence même de la ville.(Ma photo : Marseille vue dans le miroir de l’ombrière sur le Vieux port de Marseille, design de  Norman Foster et Agence phocéenne Tangram,2013).

Mais, heureusement, il y a aussi, dans l’article, des solutions.

VI – LES SOLUTIONS proposées par l’article 
« On pourrait au contraire rêver de collectivités locales qui conçoivent une politique publique de la flânerie qui croiserait les enjeux de mobilité douce, d’espace public (notamment de trottoir), de commerces, de rez-de-chaussée, d’équipement public, de sécurité et de tranquillité (en particulier vis-à-vis des véhicules motorisés), de mixité sociale, de culture et de services publics. A défaut de quoi, la ville de demain, smart ou pas, pourrait bien ressembler à celle de Damasio dans Les Furtifs : une ville dans laquelle les bulles d’entre-soi du numérique se sont pleinement et radicalement projetées dans le monde physique, et où les flux comme les lieux sont accaparés par les intérêts marchands ».
3 IDEES POUR REPRENDRE LE POUVOIR SUR LA VILLE : chaque exemple a une « to do list et des outils spécifiques, applications,etc…) Bravo aux auteurs!
1- L’Open Data et les Communs
La Ville comme bien commun ! Acter que le sol de la ville (qu’il relève d’un foncier public ou privé), du fait de son accessibilité et de sa visibilité est une forme de bien commun dont les usages participent de l’intérêt général et qui mérite donc d’être pensé politiquement plutôt que laissés à des enseignes et des foncières qui achètent le droit de faire à peu près n’importe quoi en échange de promesses (jamais tenues) d’emplois créés.(L’exemple du parti-pris de Giambattista Nolli, architecte italien qui édita en 1748, le plan le plus précis jamais réalisé de Rome, est excellentà à lre en détail dans le texte , ici )
2. Algorithmes et signaux faibles pour prendre soin des “centres”(-ville)
, « Espace public : Google a les moyens de tout gâcher — et pas qu’à Toronto », dit un excellent article, 50 pages qui passionneront autant les acteurs du tourisme, du numérique et de la culture. Très différent des articles habituels anti-Google ou anti GAFAM, l’article nous propose des solutions comme : Imaginer un indicateur de flânerie pour nourrir les projets urbains et les stratégies publiques, et les outils qui vont avec Je rêve d’un grand forum ou nous pourrions tous apporter des réponses aux constats et interrogations et, en attendant, je vous résume cet article avec ses grandes lignes et en prenant le parti d’indiquer les conséquences immédiates pour le tourisme culturel! Et merci au Medium et à Vraiment Vraiment, car cet article est vraiment, vraiment bien !
3. Imaginer un indicateur de flânerie pour nourrir les projets urbains et les stratégies publiques avec ce 
« Flâner » ! Flâner en ville c’est accepter sa diversité, accepter de se mélanger, de découvrir, de se tromper, aussi : « Flâner requiert un subtil équilibre entre familiarité et étrangeté, entre sentiment de sécurité et frisson de l’inconnu ».On ne peut pas décréter qu’une rue sera propice à la flânerie, Ni l’architecte, le Maire, l’urbaniste, le commerçant ou le promoteur ne le peuvent.
Bref, « tout ne se vaut pas en ville et des choix (ou non-choix) d’acteurs publics comme privés, peuvent avoir des conséquences massives sur la “flânabilité” d’une rue et d’un quartier. Or, nous avons pris ici pour hypothèse que la flânerie avait des vertus politiques au-delà du seul plaisir des flâneurs : mixité sociale, ouverture à l’altérité, sécurité, habitabilité, lutte contre la pollution et le dérèglement climatique… Les avantages de villes flânables sont nombreux — les inconvénients de leurs antithèses, les centres commerciaux de banlieue dont Europacity est le dernier avatar, sont des insultes faites à l’avenir. On pourrait presque ériger ce caractère flânable des villes au rang de commun — à penser et à protéger comme tel. »

CONCLUSION Cet article est surtout , à mon avis, un texte magnifique et important sur l’avenir de nos villes et de nos flâneries! Espaces privatisés, espaces sélectionnés par Google et la grande question : qu’est-ce qui pourrait encore  » faire commun », dans cet univers? Tournons-nous donc vers les acteurs du Mouvement des communs (Michel Briand!) pour préparer des parades à la privatisation des espaces et actions publiques, pour le tourisme et la culture : si vous avez des idées, mes amis, c’est le moment de vous et de nous rassembler! Enfin, qui sont les auteurs de cet article fabuleux ? peut-être Alexandre Mussche & Romain Beaucher, associés de Vraiment Vraiment ? On cherche, André-Yves Portnoff et moi, et on vous tient au courant
#villes, #tourisme, #smartcity, #urbanisme, #Googlemap, #coeurdeville, #data,#Communs #flânerie, #
https://medium.com/@vvraiment/https-medium-com-vvraiment-espace-public-google-a-les-moyens-de-tout-gacher-2ab92ac11df4

PHOTO : Affiche de BREST en Communs, qui a eu lieu la semaine dernière, du 5 au 12 octobre à Brest, si vous n’habitez pas loin. C’est un mouvement important pour la Culture et le Tourisme, puisque c’est un double jeu : redonner la parole aux acteurs, d’une part, et tenter de décider, ensemble, ce que l’on pourrait mettre et partager en « Communs » : des faits et choses tangibles ou de la connaissance, des biens immatériels. Intéressant, non
L’agence qui a diffusé le texte : Vraiment Vraiment : https://medium.com/@vvraiment, Agence de Design, qi diffuse toutjours d’excellents articles!

LE LIEN DU TEXTE de  l’article « Espace Public : Google a les moyens de tout gâcher » publié par Vraiment Vraiment,   ICI 

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KEN LE TOURISTE PARFAIT   avait eu une idée!  Après avoir lu le billet par dessus l’épaule d’Evelyne, pendant qu’elle l’écrivait, il avait tenté lui aussi d’apporter sa petite pierre aux problèmes du monde. Voilà : son idée c’était de s’appeller « Ken-Ken », comme les Vraiment Vraiment, qui avaient eu l’idée géniale de doubler le même mot, par souci d’écommie pour le développement durable! »Barbie-Barbie! » appela-t-il pour le lui annoncer!

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