Bonnes pratiques (5):quelle gouvernance pour le tourisme culturel ?

Comment gouverner avec des stratégies et des objectifs aussi différents que, par exemple, ceux du Numérique, du Tourisme et la Culture ? Comment tenir compte des centaines de métiers, de formations différentes et spécifiques? La très bonne nouvelle est que des modèles de gouvernance du Tourisme culturel ont vu le jour ces dernières années, et nous en présenterons trois qui résument les incursions régulières que nous faisons dans ce petit blog, au Pays des bons exemples : Bilbao, Nantes et le Grand Lyon. Nous y ajouterons les nouvelles directions que prennent une bonne dizaine de pays, de  régions et de villes. Londres et le Royaume Uni, l’Espagne ou la Suisse et les pays du nord de l’Europe, dont l’Allemagne et l’Autriche ou encore les Pays du Golfe au Moyen-Orient. Plus lointaine, La Corée du sud a aussi revu sa copie!

I – LE PÉRIMETRE DE LA GOUVERNANCE du tourisme culturel. Au niveau micro-local, ce périmètre est celui des actions, des projets, des stratégies, le « travail ensemble » est simple à définir. C’est ce moment où se croisent les tâches communes et où il faut donc associer des compétences de l’un de l’autre des deux domaines, Culture et Tourisme(Cf. Définition , Bonnes pratiques-1)

II- PAS D AUTONOMIE, mais une MOBILISATION DES COMPÉTENCES LOCALES Ces actions prennent place dans toute une série politiques : développement local ; développement économique ; relations internationales ; choix des stratégies pour 5 ou 6 ans par les villes, leurs groupements, ou les départements et les régions. Le Tourisme culturel n’a donc aucune autonomie mais prend place dans ces politiques générales. Il peut aider à créer de la transversalité (Culture publique/Tourisme privé ou liens pour Culture/monde de l’ entreprise et de l’économie locale; habitants ET touristes, etc…).

Un peu d’histoire? Avec leur pragmatisme habituel, les anglais et les américains ont défini dans les années 1995-2000 de nouvelles orientations pour lesquelles ils ont fait appel à la créativité culturelle. D’où les les appellations de Creatives Cities,  régions créatives et autres concepts que l’on peut résumer comme suit : faire appel aux compétences locales et définir avec ces compétences le développement de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire dans toutes leurs composantes.

– Toutes ces « Creative » métropoles ou pays ont réussi à gagner une image culturelle et à abandonner les corporatismes ancestraux pour mieux développer et mieux faire comprendre leur « identité », soit ce qui est plus particulièrement remarquable ici-et pas ailleurs- identité qui était l’objectif prioritaire de leurs démarches.  Car ne faisons  pas d’angélisme : les Creative Cities  sont aussi un réel combat, mené par exemple contre la ville d’à côté ou pour se positionner par rapport à tout territoire concurrent. Cette « différenciation » oblige, en quelque sorte,  chacun de trouver sa place, mais cela demande une réflexion permanente et courageuse comme nous l’avons vu à Lille ou à Dunkerque.

III-UNE NOUVELLE GOUVERNANCE / POURQUOI ? Au cours des résumés précédents, nous avons repéré trois grandes mutations qui ont bouleversé la gestion des projets et celle des compétences nécessaires aujourd’hui. Citons les nouvelles villes (60% d’urbains aujourd’hui) qui repensent leur urbanisme (Plus vert et durable ; plus « humain », pour créer des liens ; avec des industries ou déplacements moins polluants) ; citons aussi  la révolution numérique et le travail collaboratif, avec ce « lien » souhaité entre habitants et touristes et le désir de participation de chacun. C’est dans ce nouveau terreau qu’ont pu naître les Greeters, les Ambassadeurs, Museomix ou AirBnB et l’échange généralisé (CouchSurfing ou BedyCasa pour l’Hébergement; mais le covoiturage ou le partage des parkings est aussi  en train de gagner du terrain) .

– Le défi est donc d’adapter aujourd’hui des schémas d’organisation qui prennent en compte ces  nouvelles donnes –  compétences locales / globalisation mondiale – Avec une gouvernance plus ouverte, moins hiérarchique que celle du passé, une gouvernance plus AGILE : voilà qui serait souhaitable.

IV – COMMENT? Des exemples parfaits

A – NANTES – « Dans un contexte de concurrence entre les grandes métropoles européennes, il nous faut franchir une nouvelle étape, a déclaré le maire de Nantes et président de la métropole. La multiplication des structures a rendu notre discours illisible ; il nous faut réorganiser et adapter les outils en notre possession à cette ambition. » disait  Jean-Marc Ayrault, Maire de Nantes en mars 2010 pour présenter la  Fusion des services Culture et Tourisme de la Ville.

– Faisant fi des oppositions « Service Public/Secteur Privé », le Maire de Nantes décida donc de  fusionner les deux services de la ville en s’appuyant sur les réflexions des forces vives de la cité. Et le résultat fut brillant, en janvier 2010, avec ce VAN, Voyage à Nantes, qui a juste éberlué d’autres collectivités locales.Il est bien dommage, par parenthèse, que son imagination fulgurante n’ait pas eu d’influence sur le gouvernement de la Culture et du Tourisme en France …

– L’important  est sans doute d’analyser les démarches, ce que nous avons fait dans cinq billets : l’annonce de la fusion; « Placer la Culture au coeur des projets touristiques; la Culture c’est l’avenir; Trois questions à Jean Blaise et Nantes, Star du Tourisme Culturel . Et, au delà des mutualisations, il faut aussi  comprendre que l’histoire de Nantes avait aussi été revisitée, et que cette dynamique continue (avec en particulier les Greeters et le Panier magique, copié depuis quelques moi à Lyon. Notons simplement le peu d’implication sur ces sujets d’institutions qui ronronnent paisiblement, comme la FNCC, association d’élus, ou de l’Observatoire des politiques culturelles qui confortent les habitudes du passé en ne formant pas assez, à mon avis, les jeunes élus ou professionnels aux  grands et récents changements du monde.

B) LYON ET LE GRAND LYON / L’avenir du tourisme culturel prend  place dans un projet, celui de la répartition des compétences pour les années à venir (Décentralisation pour réduire notre  millefeuille territorial). Il faut du souffle!  Lyon et Le Grand Lyon, avec Gérard Collomb, opèrent  une nouvelle répartition et une mutualisation des moyens au niveau des territoires. La Région Rhône-Alpes est d’ailleurs l’une des meilleures en ingénierie touristique et culturelle.Tout comme l’Alsace, Région qui va très rapidement  fusionner ses deux Départements, Lyon a donc commencé avant les futures lois de décentralisation une clarification et une nouvelle répartition des compétences. La communauté d’agglomération de Lyon absorbera une partie des compétences « urbaines »  du département du Rhône dans une « métropole d’intérêt européen ».  Voir, et suivre par la suite, les projets ici. Lyon a aussi un grand talent pour communiquer les évènements de la culture.Nous attendons avec impatience cette  année la com’ de la Biennale du MAC! Personnellement nous aimons aussi l’idée que les plus grands professionnels, savants mais aussi inventifs, dirigent ses établissements (Musées des Beaux –Arts, Musées d’art contemporain ; les deux Biennales ; Musée Gadagne, etc...).  Dommage que les experts du futur Centre de la Gastronomie aient raté Lyon, son offre touristique et la reconnaissance de ce talent de ses habitants  auraient alors explosé. Heureusement l’Association des Départements  pour la culture, avec François Deschamps, veille et trace de nouvelles routes avec patience et intelligence!

Lille Fantastic la maison à l envers de J.C Fourtou

C) LILLE EST FANTASTIQUE AUSSI , et a pris exactement ce parti-pris de revoir à la fois son organisation administrative, le renouvellement de la culture et du tourisme depuis Lille 2004, événement établi dans la durée,  avec chaque année de nouvelles fêtes inventées à partir de mythes indiens (Bombaysers) ou Lille XXL. Sa vraie compétence est celle de savoir créer un grand événement qui fédère toute l’année les lillois, comme en 2012 Lille Fantastic.

D)DUNKERQUE PRÉPARE L AVENIR, pendant que d’autres villes sont déjà bien lancées. Les projets d’équipements de la ville, très nombreux et aux magnifiques architectures, en témoignent. A voir ici.

E) BILBAO, SAN SEBASTIAN/DONOSTIA, le  LONDRES DES JO, VIENNE (AUTRICHE) ou enfin  ABU DHABI bien que si différente  des villes européennes –  culture différente, mais aussi peu d’habitants;  ville-champignon toute jeune,etc…- des villes européennes, a aussi fait une fusion Culture/ Tourisme en février 2012. La COREE du Sud a quant  à elle un parcours très intéressant sur la  fusion organisationnelle « Tourisme/Culture . Partie d’un schéma très classique, elle a fusionné les deux thématiques en quelques années, de façon progressive jusqu’à 2011. Si intéressant qu’elle a mis en ligne l’évolution de ses organigrammes! Si cela vous disait d’y faire un tour, c’est ICI ! Le résumé : Abu Dhabi Tourism Authority est devenue  Abu Dhabi Authority for Tourism and Culture le 12 février 2011, le président des EAU, Sheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan ayant fusionné   l’ADACH (Abu Dhabi Authority for Culture and Heritage) et l’ADTA (Tourisme). La nouvelle entité aura pour but de « préserver, protéger et gérer le patrimoine culturel de l’émirat, tout en promouvant le développement touristique de celui-ci. Elle organisera des conférences, des expositions et festivals, élaborera des normes, régulations et programmes pour la préservation de la culture qui intégrera la création de musées ». N’oublions pas l’ALLEMAGNE ( pour l’émergence d’une offre actuelle très exemplaire) ou la SUISSE, dont l’offre est toujours excellente, grâce en particulier à un dispositif de formation étonnant (ICOM et les musées de la Suisse).Et ces villes continuent leur route inventive, comme nous l’avons vu à Bilbao.

Moralité : On ne peut « isoler » le tourisme culturel des autres activités. Mais n’oublions pas qu’à côté de cette pensée globale en matière de gouvernance, rien n’interdit cependant à un petit site culturel ou à un hôtel de faire du cousu-main, de se passer des services intermédiaires et de proposer une destination aux touristes du monde entier sur le web en gérant au plus près les « avis des visiteurs » ! C’est ce que fait l’hôtel HI en Tunisie, dans son magnifique Dar HI à Nefta.

Nos artciles plus généraux sur la gouvernance : Le Tourisme culturel de demain ; Bâtissons une planète plus intelligente; Création et Tourisme en France; Villes et Campagnes créatives; Culture, tourisme et Développement.

La Ville Créative_ Elsa Vivant

POUR EN SAVOIR PLUS : DES RESSOURCES POUR LES CREATIVE CITIES /  le meilleur résumé en langue française est contenu dans quatre articles. Merci à la revue en ligne Métropolitiques d’avoir ainsi résumé l’histoire et de présenter de façon simple l’actualité de la démarche politique et créative. 1) Innovation : le rôle de l’art . 2) Innovation et territoires « )3) L’artiste et ses territoires 4) L’air de la Ville rend créatif – Et le  petit livre d’Elsa Vivant en  2009. Qu’est-ce que la ville créative ?-Paris : Presses Universitaires de France, 92 p.

Notre coup de coeur ! Sur le blog de Charles Landry, on trouvera un  exceptionnel questionnaire pour faire émerger une nouvelle gouvernance, utilisé lors d’audit de futures « Creative Cities »:  comment renforcer la démocratie, interroger les habitants, les professionnels sur les blocages qu’ils subissent et leurs souhaits?  Charles Landry ( le « papa » des Creative Cities) insiste sur ce moins de bureaucratie, de normes, de blocages et surtout de hiérarchie qui seraient nécessaires pour forger des outils d’ une bonne gouvernance. Voilà qui suppose que l’on fait confiance et que l’on croit aux capacités de chacun.

KEN LE TOURISTE PARFAIT Ken avait menti. Un énorme, mais alors vraiment énorme et fabuleux mensonge. « Etes-vous le Ken ami de Barbie, toujours gentil/aimable/serviable et un peu godiche ?», lui avaient demandé les juges – Yes ! Avait-il répondu. Depuis quatre mois il était donc rongé par le remord. Il fallait qu’il se libère, aujourd’hui, car sa conscience n’y survivrait pas. Qu’il « avoue » qu’il s’était enferré dans le mensonge en « omettant » de parler de son nouveau job, celui de Touriste Parfait ! Et depuis quand? avaient poursuivi les juges ?Depuis que Mattel, sa boîte, l’avait viré de façon un peu brutale en 2007, leur avait répondu Ken. Voici ses aveux dans ce blog ce matin, en guise d’excuses à tous ( et toutes 🙂  ses fans : « Eh non, j’ai menti et ne suis plus Ken-le-Falot. Oui, j’adore mon nouveau job de Touriste Parfait, je voyage dans le monde entier, je vais de palace en cinq étoiles, de jets privés en bateaux de course ; je fais des affaires, voilà mon job. Cela me permet de gâter au-delà du raisonnable Barbie Chérie et le Petit, et de laisser, comme une poussière d’étoiles, des milliards de retombées économiques partout où je me promène ».

PHOTO DE KEN DU HAUT: Ken devant le James Turrel Museum, en Argentine à Molinos. Neuf installations lumineuses vous y attendent sur 1700 m2!

PHOTO CI -DESSUS : Ken rencontre l’homme au canotier lors d’une petite visite dans la toile d’Edouard  Manet actuellement à Londres. Exposition Manet-Portraying Life,  Royal Academy of Arts (Picadilly Circus, 26 janvier au 13 avril 2013). La toile « Le Déjeuner » fut peinte en 1868 et mesure 118cm X 154 cm.

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