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L’envie du monde!

En ces temps de vacances, posons-nous la question : qui sommes-nous, quand nous voyageons ? Voici un formidable portrait des touristes, grâce à l’immense travail de Jean-Didier Urbain, récemment interviewé dans le Journal Le Figaro et qui a aussi écrit des livres passionnants d’anthropologie et de sociologie sur le Tourisme que nous vous présentons aussi dans ce billet!  Bien loin des préoccupations du marketing, dont l’objectif est de faire connaitre et aimer une destination, voici celles de Jean Didier Urbain, avec mon  résumé de l’interview  sur le Tourisme et les Touristes.  Avec un immense merci à ce grand chercheur et à Charles Jaigu qui l’a interrogé! Pour l’accès à l’article complet, de l’interview, c’est ICI

I- LE VOYAGE, UNE INVITATION A SORTIR DE SOI est le titre de l’article. Autrement dit voyager est d’abord un désir de changer, de se ressourcer ou de devenir un autre. Et cette envie est bien partagée dans le monde :
« Quand vous interrogez les Français sur leurs intentions de voyager, ils répondent à 69 % qu’ils le souhaitent. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’ils le feront. Et si vous interrogez les Chinois, ils sont 67 %, et les Indiens 68 %. De ce point de vue, en effet, nous sommes entrés dans la civilisation du tourisme. »

II- NAISSANCE DU VOYAGE –PLAISIR ! Jean- Didier Urbain rappelle que le tourisme ce fut aussi de ne plus voyager par obligation, pour trouver de quoi nourrir sa famille, surveiller et défendre son territoire ou en conquérir de nouveaux ;faire du commerce ou assister à une cérémonie familiale… Voilà qui motiva les hommes jusqu’à l’invention du Tourisme (Le Grand Tour des anglais) à la fin du XVIIIéme siècle ! L’élite anglaise donna le ton, puis,peu à peu au XXéme siècle, toutes les autres classes de la population. On citera en France ces premières vacances populaires grâce aux congés payés (1936) et aux chemins de fer, puis la généralisation du tourisme de masse avec les infrastructures nécessaires aux transports, à l’hébergement et à la restauration.

III- STENDHAL ET LE VOYAGE Mémoires d’un Touriste, le livre de Stendhal écrit en 1838, fut le premier livre dont un Touriste était le héros.

Stendhal est le premier écrivain français à utiliser le mot « touriste »dans un titre, mais surtout à faire du Tourisme un style de vie. Son livre n’est pas un guide mais une suite de points de vue personnels, qui reflètent son humeur et son goût du moment. […]Il n’est question que de se peindre soi-même, de faire son autoportrait en touriste.(En voir plus dans l’article  de Sylvain Venayre «  Mémoires d’un touriste : Stendhal, voyageur et historien ?« ).
– Jean-Didier Urbain insiste sur le fait que Stendhal ose dire, lui aussi, qu’il voyage pour le plaisir, ce qui est très nouveau, à son époque. Ce plaisir est le même qu’aujourd’hui : «Tout ce qu’on touche est neuf, excitant, séduisant. Le revers de la médaille, c’est que ce plaisir n’est pas socialement admis. Le touriste est en trop, il se sent toujours un intrus. Il veut se faire oublier, ou en tout cas faire oublier qu’il est là pour le plaisir ». Stendhal s’invente donc des m étiers (ethnographe, journaliste..) et propose son aide aux populations locales. « C’est encore vrai aujourd’hui: la nouvelle tendance du tourisme caritatif illustre parfaitement cette idée. Le caritatif à l’autre bout du monde est quand même plus plaisant qu’au coin de la rue ».

IV- TOURISTES ET HABITANTS – La Question à Jean-Didier Urbain : Comme vous le dites souvent dans vos livres, auparavant, le touriste plus riche était un excentrique qui dictait sa loi au sédentaire plus pauvre. Désormais, le sédentaire se rebiffe de plus en plus. Est-ce une tendance lourde? » La relation entre visiteur et visité s’est depuis le début du tourisme inscrite d’abord dans une relation de domination. L’industrialisation de ce loisir a accentué cette asymétrie entre l’hôte et le visiteur.La sédition des «indigènes» qui ne supportent plus les excès d’investissement des lieux et des sites par les touristes est très récente. Elle est le signe que l’autochtone ne voit pas exclusivement la manne touristique comme une aubaine économique.

  • Jean Didier Urbain n’évoque pas le retournement de situation actuel : le  nouveau désir de touristes qui veulent vivre le plus possible comme un local, se fondre chez les habitants, dans leurs logements, en faisant leurs courses dans le quartier et en utilisant les « bons plans des habitants pour se divertir…comme eux, aussi, quand ils ne sont pas des touristes!

 

  • V- DÉTESTER LES TOURISTES, où LE TOURISME ?
    Quand le journaliste demande à Jean-Didier Urbain si, aujourd’hui, le Tourisme n’est pas la source de très nombreux désordres , il lui répond:
    1- « L’argument écologique ne me convainc pas en ce qui concerne le tourisme. Les études d’impact montrent que les déplacements touristiques ne produisent que 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Avant de s’en prendre à la liberté de circulation des hommes, régulons mieux la circulation des biens ; le voyage reste le meilleur moyen d’apprendre la diversité du monde, même s’il faut sans cesse améliorer les règles de son développement. Comme disent les Islandais: «Un enfant qui ne sort pas de son village devient vite unidiot.» Ne touchons pas à la liberté du voyageur! »

1- « Le mot touriste a existé en premier, il a désigné un nouveau personnage avant de désigner un nouveau phénomène, le tourisme. Et, de fait, il ne faut pas confondre l’homme qui rêve d’un ailleurs avec l’industrie qui l’exploite.

2- « C’est la marchandisation de cette routine qui transforme le touriste en animal économique. »

EN CONCLUSION
A mon avis, Jean-Didier Urbain a raison quand il reproche au Tourisme, et non aux touristes, d’avoir peu à peu tout marchandisé, commercialisé, vendu ou loué. L’overtourisme témoigne de ce « trop », mal vécu aujourd’hui ! Trop de tourisme ce sont trop de nuisances, des loyers qui augmentent, des centre-ville et leur gentrification mais aussi artificialisés. On voit que Venise est en danger mais que les bénéfices du tourisme sont surtout utilisés pour conforter, voire renforcer le tourisme de masse (30 millions de touristes pour 50 000 habitants…) plutôt que pour en réguler les flux (Dispositif MOSE, toujours reporté…)..
L’exemple du CLUB MED que reprend Jean-Didier Urbain montre aussi la grande difficulté du tourisme à créer, aujourd’hui, du lien social ; le Tourisme social disparait peu à peu, d’ailleurs, comme toutes les « vacances collectives », colonies de jeunes et autres premières expériences qui ne respirent plus l’aventure. J.D Urbain cite le Club Med : « Dans l’après-guerre, le fondateur, du >Club Med, Gérard Blitz, comprend que les Français abîmés par la guerre ont besoin de fête et de lien social. Il ne vend pas l’ailleurs, mais le huis clos et l’entre soi : on va au Club Med pour y vivre une expérience communautaire. Par la suite, cette utopie a dépéri. Et aujourd’hui le Club Med propose lui aussi un service marchand proche de ses concurrents. »

 Un Tourisme raisonnable serait possible, si l’industrie du tourisme et aujourd’hui les particuliers qui veulent profiter de la manne (Logements Airbnb) restaient…raisonnables ! Car, par chance, les milliers d’entreprises qui œuvrent au tourisme ont un but : que leur business continue ;alors, en ce cas, il leur faut protéger et non abîmer cet immense « terrain de jeu » de sites touristiques naturels et culturels. C’est un impératif!

POUR EN SAVOIR PLUS

RELIRE, sur ce petit blog,  notre article de mars 2015, qui avait eu du succès, « Une brève Histoire du Tourisme !
1- Nos photos : couvertures des ouvrages de Jean-Didier Urbain.
2- A nouveau l’interview entier de Jean-Didier Urbain dans le Figaro que nous vous avons résumé, ici en ligne. Jean-Didier Urbain: «Le voyage est une invitation à sortir de soi»Interview par Par Charles Jaigu publié le 23/10/2018 à 07:00 –
3- Mémoires d’un Touriste, Stendhal, préface de Dominique Fernandez folio Classique Poche 28 novembre 2014.Ce livre et d’ autres livre de Stendhal, ICI 

4- LES OUVRAGES DE JEAN DIDIER URBAIN , anthropologue, professeur à l’université Paris-Descartes. Et des photos des couvertures dans l’article, pour vous donner envie, mes amis, car ces livres sont ceux d’un savant, sociologue et anthropologue, mais aussi toujours pleins d’humour et de tendresse ! Les textes sont ceux de l’éditeur, pour vous donner envie, ou des extraits de ces textes.
Le voyage était presque parfait : Essai sur les voyages ratés, ici-  Poche – 18 sept. 2008 – octobre 2017
La «tuile», le grain de sable, le retard, le robinet qui goutte font partie intégrante du voyage. Mais pourquoi a-t-on si souvent le sentiment d’avoir raté celui-ci ? Que signifient les plaintes que reçoivent les éditeurs de guides, les administrations, les hôtels et les voyagistes ? Peut-on faire la «victimologie» du voyageur ?
Avec humour, savoir et tendresse, ce livre consacré aux «mésaventuriers» et enrichi d’un parfait petit guide pour rater à tout coup son voyage, refait, une décennie après L’Idiot du voyage, le portrait du touriste, cet être étrange qui n’est jamais à sa place, où qu’il aille…

L’envie du monde -– 2018- Engagé dans les années 1960, l’essor exponentiel du tourisme le range sans contredit parmi les manifestations sociales de grande ampleur, justifiant toutes les observations et toutes les convoitises. Les offres des professionnels (destinations, nature des voyages, moyens de transport.) se multiplient et se diversifient. Mais existe-il un touriste type?
L’Idiot du voyage : Histoires de touristes Poche – 30 avril 2002 (mon préféré !) L’idiot du voyage, c’est le touriste. Il est, on le sait, un mauvais voyageur. C’est du moins la réputation que lui prête aujourd’hui le sens commun, en vertu d’une longue tradition de mépris. Pourtant, le touriste n’est pas si idiot. Il faut lui reconnaître, outre ses utilités évidentes (économiques, politiques et culturelles), une réelle intelligence du voyage, un univers que fonde, avec ses confins et ses déserts, ses enfers et ses paradis, une  » géographie personnelle « . Seulement voilà : hanté par le mythe du voyageur, le touriste n’échappe pas au mépris. Méprisant ses semblables, il se méprise lui-même.
Une histoire érotique du voyage –  octobre 2017 Si vous voulez savoir depuis quand l’on voyage pour le plaisir, qui fut la première femme globe-trotter, quel est le rapport entre un voyage de noces et le tourisme sexuel, ce que cherchaient réellement Nerval et Théophile Gautier en Belgique, à quoi servait le physiographe ou ce que peut bien être le sexotisme, si vous aimez la littérature, les récits de voyage, les anecdotes et le savoir, alors ce livre est pour vous.
Sur la plage : Moeurs et coutumes balnéaires (XIXe-XXe siècles)  2016-  La plage ? Depuis le XIXe siècle, où le bord de mer est devenu une destination de loisirs, on y cherche… surtout rien ! Pas d’aventures, pas de découvertes, pas de tourisme, mais du calme, de l’entre-soi, une parenthèse. Même à l’autre bout du monde. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette langue de sable toujours plus investie (n’en déplaise au tourisme vert ou culturel) qu’aller à la plage c’est se déplacer pour ne plus bouger
Secrets de voyage : Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles-  2003
Quel rapport entre un sociologue incognito dans un bar, un transsexuel, Tintin, un journaliste déguisé en Turc, un Vénitien déguisé en marchand arabe, un sextouriste, l’Alliance nationale pour une expatriation heureuse, un agent secret, un aventurier mythomane ? Tous, mentant, rêvant, dissimulant, inventant ou circulant en douce, luttent contre la réalité. Tous ont quelque chose à cacher ou à faire disparaître une information, un événement, eux-mêmes ou autrui, et voyagent sur ce mode. Tous s’évadent de leur condition présente. Du mythomane majestueux au petit faussaire timide, le secret guide leurs pas et leurs récits…
– Au soleil : Naissance de la Méditerranée estivale-2014
Longtemps, la Méditerranée fut une mer d’hiver. Le soin, la culture et le sexe étaient ses trois piliers, que l’on aille sur la Côte d’Azur, en Grèce ou en Egypte, en Algérie ou en Turquie. Au début du XXe siècle, cependant, les choses changent : on y vient l’été pour le soleil, la chaleur, les loisirs. Pourquoi ? Dans ce livre savoureux et sentimental où l’on croisera Gauguin et Matisse, la rivalité avec l’Atlantique et la montagne, les débuts du naturisme et de la liberté sexuelle, les premiers voyages de noces à Venise, ou encore la création du Club Med, Jean-Didier Urbain raconte un moment de profonde mutation de la société et des mentalités : celui où, depuis l’Angleterre, la Belgique, la Hollande, l’Italie, l’Allemagne et, bien sûr, la France, on s’est mis à aimer le soleil plutôt que la lumière.
Les vacances Mai 2002 -«Les vraies vacances, c’est partir», «Les Français ont plus de vacances que leurs voisins», «Les vacances suscitent de véritables exodes», «Avec les 35 heures, l’industrie touristique explose», «Les Français sont casaniers», «Les touristes ne voyagent qu’en groupe» …
À travers l’histoire et l’évolution du temps libre, il analyse différentes pratiques vacancières, du tourisme à la villégiature, de la trêve estivale aux 35 heures
-Un tour de France en affiches – 7 mai 2015
Dès le milieu du XIXe siècle, le développement du train et des réseaux ferroviaires favorise l’essor du tourisme. C’est à cette époque que se développe l’édition d’affiches vantant de nombreux lieux de villégiatures : stations balnéaires, de ski, châteaux, villes thermales…

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Ken et Barbie à Singapour – Souvenir de Vacances 2010…

KEN LE TOURISTE PARFAIT lisait et relisait la petite phrase de Stendhal dans son livre Mémoires d’un touriste. Il n’en revenait pas…Stendhal avait été un touriste d’affaires, comme lui??? Donc Ken devait…écrire ses Mémoires, comme Stendhal ? Son ex, Barbie Chérie, entra avec précipitation dans le salon de leur villa : « Elle est Où , la phrase? ». Là, répondit Ken en montrant la citation de l’écrivain français :
« En ma qualité de commis marchand, je courais chaque année la France, l’Allemagne ou l’Italie ; mais je travaillais en conscience à ma partie, je n’osais presque lever les yeux. Cette année, tout en faisant mes affaires, je me suis permis de doubler mes séjours à Lyon, Genève, Marseille, Bordeaux, et j’ai regardé autour de moi. » Stendhal, Mémoires d’un Touriste, 1838.

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