Changeons notre tourisme!

Changeons notre Tourisme, c’est le titre d’un livre écrit par un professionnel du tourisme, Roland Héguy, Président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), qui sort un « manifeste » pour que nous cessions de nous reposer sur nos lauriers, en France. L’UMIH réunit plus de 40 000 entreprises, de la plus petite auberge en zone rurale aux grands groupes hôteliers.(Le tableau : Un bar aux Folies Bergère Edouard Manet – 1881-1882).
– Le  constat de  Roland Héguy est simple et, à mon avis, très intéressant  : en France, nous avons tous les atouts, il suffirait simplement de  mettre fin à l’autosatisfaction de la filière du tourisme en France et de se retrousser un peu les manches pour apporter des solutions à  nos quelques défauts.

  • Car, comme d’autres professionnels avant lui en font régulièrement le constat – voir ci-dessous l’article de Didier Arino, DG Associé de Protourisme, – nous vivons sur  nos acquis, d’autant que le Tourisme est, en France,  peu considéré :  les gouvernements  parlent peu de la filière du  tourisme,  qui n’a pas eu  de ministre dédié depuis plus de dix ans,  bien que le tourisme représente plus de 7,3% du PIB de notre économie en 2019 . En gros, seules les catastrophes, comme celle que nous vivons en ce moment, soulignent le « manque à gagner » financier  du tourisme.  Les hommes et femmes politiques n’expriment que très rarement    une  reconnaissance  des métiers et des  millions de professionnels qui les exercent. Je me souviens aussi du maire de Bilbao qui  exprimait avec chaleur son plaisir de voir le  lien qu’entretenaient ses visiteurs étrangers avec la ville et le nouveau musée, lien d’amitié et d’admiration, comme souvent!
    I- RÉSUMÉ du Livre : les métiers du tourisme en France représentent 2 millions d’actifs et 170 milliards de chiffre d’affaire, soit un fort enjeu pour nos emplois et notre économie. Si nous sommes encore l’une des premières destinations du tourisme national et international, la lutte pour garder cette place est aussi féroce , avec : 
    la mondialisation et les « nouvelles destinations » touristiques (pays émergents) et donc une concurrence permanente ;
    l’Ubérisation sous toutes ses formes : naissance de services concurrents des prestations habituelles dans le transport (UBER), l’Hébergement( Airbnb). Roland Héguy ne les condamne, pas, il souhaite seulement que ces nouvelles pratiques ne permettent pas à ceux qui les mettent en oeuvre d’échapper aux obligations légales (déclaration, impositions ou taxes) auxquelles sont soumis les organismes traditionnels;
    Une digitalisation arrivée assez brutalement  : e-commerce ; plateformes géantes de réservations (OTA) dont il faudrait moins dépendre ;
    Une démotivation des jeunes professionnels, souvent mal rémunérés : « Chaque année, environ 100 000 diplômés de lycées hôteliers et de centres de formation d’apprentis entrent sur le marché, les chiffres chutent largement trois ans après. Deux tiers des jeunes diplômés des lycées hôteliers et un tiers de ceux sortis de l’apprentissage ont quitté la profession ! »
    Et la  fracture territoriale En France, “Quand on voit que 80% des touristes sont sur 20% des territoires, à un moment donné ça ne fonctionne plus”, écrit  Roland Héguy.
    – Bref, nos anciens modèles ont disrupté ! Alors, que faire ? Tout simplement, En profiter en changeant de modèles!  (Photo :  Le refuge du Goûter, au Mont Blanc ).
    Les propositions de Roland Héguy : créer des milliers d’emplois en privilégiant la recherche de la qualité, systématiquement. Concrètement,avec,  par exemple,  des projets qui redonneraient vie à la majeure partie de nos territoires ruraux, tout en en valorisant les métiers du tourisme et leurs nombreux savoir-faire qui permettent une grande diversité de parcours professionnels.
  • Si seul un tout petit pourcentage de notre pays est visité, avec une petite poignée de   destinations –phares qui attirent les étrangers (Paris, Provence et Côte d’Azur et quelques échappées …), ceux qui ne le sont pas (80% de notre territoire)  pourraient  le devenir.
    – On a envie d’objecter que certains de ces territoires « oubliés » ne souhaitent surtout pas s’engager dans l’accueil touristique, ne voulant pas prendre le risque d’un tourisme mal maîtrisé qui ouvrirait les portes à un tourisme de masse destructeur d’authenticité (et de paix !).
    Mais au fond, ce type d’objection ne tient pas face au fait que des dizaines de petits pays ruraux ou de villages au bord de l’abandon sont prêts à tout, y compris travailler dur pour créer un tourisme de qualité, dont habitants et touristes profiteraient, et qu’ils co-produiraient. Car habitants et touristes peuvent aujourd’hui s’épauler plutôt que de se tourner le dos ou se gêner mutuellement.

Un tourisme durable, respectueux de l’environnement, ou un tourisme « Autrement » existe depuis des décennies, et notre dernier billet sur Les Oiseaux de Passage témoigne de la vitalité du Tourisme durable, aujourd’hui, et d’une véritable révolution dans le tourisme culturel et durable!  De façon plus générale, l’évolution des propositions culturelles privilégie une grande créativité, et une nouvelle « participation » qui rompt avec la visite-spectacle et assez passive d’un monument.
II- CHANGER POUR… LES HABITANTS !
A mon avis, les grands bénéficiaires d’un renouveau du tourisme durable et mieux réparti sur le territoire seraient d’ailleurs les habitants, car le tourisme « sauverait », en ce cas, le patrimoine matériel et immatériel de leurs territoires. En effet, on ne compte plus les clochers des églises qu’il faudrait restaurer, les lavoirs disparus ou les vieilles maisons écroulées. L’âme d’un  lieu, celle d’un petit village ou d’une maison ancienne  isolée,  c’est bien souvent ce tourisme culturel immatériel, avec quelques objets anciens accrochés au mur mais qui permettent le récit .Le récit est un peu devenu le roi de la fête !
♥ Roland Héguy encourage donc tous les « petits professionnels » qui maillent le territoire et rappelle que ceux du CHRD (Cafés, Hôtels, Restaurants, Discothèques)  sont des acteurs à part entière du tourisme. “Les professionnels du CHRD sont très militants dans leur métier, mais je leur rappelle souvent qu’ils représentent 60 à 65% du chiffre d’affaires du tourisme. On doit être beaucoup plus impliqués et beaucoup plus présents dans les actions de politiques du tourisme
L’exemple de l’Italie, ou, sur la base du volontariat, le ministre a revitalisé des bourgs est inspirant. L’appel à Airbnb, pour ses savoir-faire touristiques (réservation, accueil, agencement des gites…) avait aussi permis aux « Borghi » de revivifier des maisons abandonnées, de restaurer de nombreux espaces publics qui étaient sinistrés (Places, escaliers, petits ruelles, de ce que j’ai vu dans des vilages italiens) et d’en conserver les fleurons (Eglise ou architecture civile).
III- LA FRANCE N’A JAMAIS PRIS LE TOURISME AU SÉRIEUX !
affirme à juste titre Ronad Héguy. La France est encore la première destination mondiale visitée par 90 millions de touristes. Mais pour combien de temps ? « La Chine pourrait détrôner la France (…) d’ici à 2030 », avertit à nouveau Roland Héguy : « Nous vivons beaucoup sur des acquis.  Le tourisme est un trésor économique, en plein essor mondial : 1 milliard de touristes à travers la planète en 2014, 2 milliards en 2030. », mais d’autres pays le prennent davantage au sérieux que le nôtre.

« Le discours d’autosatisfaction sur le-plus-beau-pays-avec-la-plus-grande-gastronomie est la meilleure façon d’ignorer la concurrence et d’envisager encore le tourisme comme une rente » … Roland Héguy explique  aussi  qu’il a « d’abord écrit pour et à la demande des professionnels du tourisme. Le secteur, qui rassemble plus de trente métiers, est à un tournant capital de son histoire ».

Et, sur tous ces constats,  il a raison! Alors,  renouvelons le tourisme, au moins pour garder notre première place? Sans doute, mais surtout pour savoir mieux utiliser l’aspect positif du tourisme (Ouverture u monde ; voyage ; rencontre d’autres cultures ou professionnalisation…).
– Enfin, la France ne recevra sans doute pas 100 millions de touristes étrangers en 2020, l’objectif qu’avait fixé en 2014 Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères et qui préface le livre de R. Héguy. À l’automne dernier, un document gouvernemental annonçait «selon toute vraisemblance », un report de cet objectif à 2022, « au vu de la conjoncture économique mondiale ». No comment…

IV- ET LE TOURISME CULTUREL, dans tout ça ?
En conclusion, on voit aussi combien il faut aussi « militer » , paralèllement aux acteurs du Tourisme, pour que la culture existe, comme principal atout du tourisme, en tous cas dans notre pays.
Remercions ici les professionnels du tourisme, qui osent, par ce livre mais aussi différentes prises de positions publiques, une remise en cause de notre industrie touristique un  peu endormie,  tandis que d’autres destinations, plus nouvelles et aux infrastructures récentes, nous font déjà une très forte concurrence. C’est un fait dont nous vous donnons régulièrement des nouvelles dans ce petit blog. La Corée du Sud, par exemple, sait très bien, depuis quelques années, cultiver ses jeunes talents de la Pop, les conjuguer avec une offre de tourisme urbain, en faire profiter ses innovations digitales et, bien sûr, de son patrimoine ancien: voir notre billet à ce sujet.

UN EXEMPLE EN FRANCE ? BORDEAUX ! par Didier Arino,  il y a deux ans, écrivait : « Le produit France a vieilli, il se repose sur ses acquis… » Didier Arino est Directeur Général Associé de Protourisme,et était interviewé par le Magazine Tourmag, 27 juin 2018 en 2018- Juliette PIC

Didier Arino faisait  les mêmes constats que Roland Héguy
1- « Parler de sur-fréquentation touristique sur le territoire, c’est oublier que dans la plupart des régions, on souffre plutôt de l’effet inverse. »

2- « Nous avons aussi un tourisme à deux vitesses […]Le positionnement touristique en France se fait sur 1/10ème du territoire.
D’une part des destinations très fortes l’Île-de-France et PACA, avec quelques autres zones touristiques comme Bordeaux, Lyon, Biarritz ou le Mont St Michel mais c’est très limité et d’autres qui sont ignorées.. Je dirais que le reste, les 9/10ème, stagne voire régresse« .
2- Un bon élève qui ressort, pour donner l’exemple ? Didier Arino citait alors  BORDEAUX et NANTES !

« En 10 ans, Bordeaux est passée de 400 millions € à 1,2 milliard d’euros de retombées économiques dues au tourisme. Ils ont revu les infrastructures, autour d’un projet européen, la ville est belle et attractive, il n’y a pas de secret !
Les aménagements ont été repensés et de gros investissements ont été faits sur les infrastructures. On a valorisé le patrimoine, en travaillant pour devenir patrimoine mondial de l’Unesco. En point d’orgue, la création de la Cité du Vin, qui génère 450 000 visiteurs par an, ce qui est énorme pour un centre régional. »(Photo: la Cité du vin, à Bordeaux, racontée par le menu dans deux  billets du blog, dont ce bilan en 2017!  ).

♥ »Mais il y a plein d’autres exemples », ajoutait Didier Arino, en citant « Nantes, aussi, qui a fait aussi des aménagements avec un gros projet urbain. La Ville a misé sur le culturel et a ouvert un centre de congrès en centre-ville ». Et dans ce petit blog, vous trouverez facilement (moteur de recherche)  plus de ving billets qui présentent les dix ans de gloire de Nantes Culturelle et touristique!

4- FABULEUSE CONCLUSION pour l’avenir, que nous empruntons à Didier Arino , dans cet interview:

« Il y a des possibilités, il faut simplement s’en donner les moyens à travers un vrai projet touristique : moderniser et aménager le territoire, être plus créatif en s’appuyant sur le culturel et et ne pas s’éparpiller. (Didier Arino, Tourmag, Juin 2018)

NOS SOURCES, pour en savoir plus !
L’OUVRAGE « Changeons notre tourisme », par Roland Héguy, Éditions du Cherche Midi, 144 p., 18 €, janvier 2020. ISBN : 978-2749162164                                                                                                                                                                             –L’AUTEUR, ROLAND HEGUY, a été restaurateur et hôtelier indépendant à Biarritz pendant plus de quarante ans. Depuis dix ans, il est le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), le plus gros syndicat patronal des métiers de l’hôtellerie et anime, comme Vice-Président, le Comité de Filière Tourisme où il représente les organisations professionnelles. Il préside aussi la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT), qui réunit depuis 2017 l’ensemble de la profession, tours-opérateurs, agences de voyages, professionnels de l’événementiel…R. Héguy milite depuis longtemps œuvre sur tous les fronts pour défendre et moderniser sa profession, dit la Revue Espaces qui présente le livre, ICI.                                                                              •    VOIR LA VIDÉO ! Pour voir  l’interview de Roland Heguy par Pascal Perri, sur le livre « chngeons notre tourisme », c’est à partir de la minute « 30 » ! (Chaine LCI, 24 février 2020 à 16.29 heures), sur ce lien:
https://www.lci.fr/replay/video-perri-scope-du-lundi-24-fevrier-2020-2146324.html
L’Echo touristique : R. Héguy : avec les autres acteurs (du tourisme) nous avons appris à nous parler,
Journal La Croix : Le tourisme français vit sur ses acquis interview de Roland Héguy par Michel Waintrop,le 2 février 2020 à 14:47
Le Figaro : «La France n’a jamais pris le tourisme au sérieux» Entretien de Roland Héguy avec Valérie Sasportas- Publié le 19 février 2020 à 15:41, mis à jour le 19 février 2020                                                                          •TOM Travel : TOM.travel s’est entretenu avec Roland Héguy, Président de l’UMIH et auteur de l’ouvrage, pour en savoir plus sur le regard qu’il porte sur la transformation numérique de la filière hôtellerie-restauration et plus largement sur les tendances technologiques émergentes « Dans notre profession, le numérique s’est imposé comme un outil indispensable. De la création de sites internet dans les années 2000, à l’arrivée des centrales de réservation que sont Booking, Expedia et consorts vers 2006, et plus récemment sur la place qu’occupe le smartphone. De par leur vitesse, toutes ces mutations ont été très violentes pour l’industrie. » Lire la suite, ICI, sur l’article du 30 janvier( Auteur : Pellegrin).

NOS PHOTOS : Roland Héguy, préside, depuis dix ans,l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH). ©DR (Ci-contre) .
– Un bar aux Folies Bergère Edouard Manet – 1881-1882 Domaine public (en faut, première photo).- https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_bar_aux_Folies_Berg%C3%A8re#/media/Fichier:Un_bar_aux_Folies_Berg%C3%A8re_Edouard_Manet.jpg Travail personnel : Yelkrokoyade
– Bar de l’Echanson à Nancy à Nancy Auteur Diligent- CC BY-SA 3.0 – File:L’échanson, Nancy.jpg Création : 29 août 2009
– Le refuge du Goûter, situé sur le versant français du Mont Blanc, plus haut refuge gardé d’Europe de l’Ouest – Auteur : Coronium — Travail personnel CC BY-SA 3.0 File:Gouter solar 20130823.jpg Création : 23 août 2013
– Auguste Renoir Bal au Moulin de la Galette 1876- Huile sur toile – 131 cm X175 cm Joconde database: entry 000PE004071- Domaine public File:Pierre-Auguste Renoir, Le Moulin de la Galette.jpg Création : 1876 date QS:P571,+1876-00-00T00:00:00Z/9


KEN LE TOURISTE PARFAIT  devait remercier son ex, Barbie Chérie. De retour d’une semaine un peu « hard » au travail (Abu Dhabi et l’Australie, puis la Norvège et le Togo…) , il se remémorait ses premiers pas de Touriste Parfait! Dix ans déjà, où il appris à valoriser tous ces métiers évoqués aujourd’hui! Il avait trouvé un job valorisant, lui, le « niais », le « valet de Barbie », disaient certaines femmes…qui n’avaient jamais connu, comme lui, l’Amour fou!  (Photo culte: les débuts de Ken devant une agence aujourd’hui disparue...). 

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