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Fév 09

Utiliser, remixer et partager les collections publiques

05MET-MAIN-superJumboCette semaine une très bonne nouvelle est arrivée, avec la mise en ligne de 375 000 nouvelles photos des œuvres de la plus grande collection américaine, celle du MET, Metropolitan Museum of Art de New-York, qui a reçu 7 millions de visiteurs en 2016 (Notre photo).Les musées du MET comptent 1,5 millions d’œuvres et d’objets, et ces 375 000 photos ont été choisies comme témoignant des oeuvres les plus importantes de leurs différentes collections. La mise en ligne s’appuie sur une licence d’utilisation libre, la CC0, Creative Commons Zero, qui permet donc de les utiliser comme il vous plaira, y compris à des fins commerciales.

Cette mise en ligne nous donne, une fois de plus, l’occasion de plaider la cause du nécessaire partage sans restriction d’œuvres des collections publiques. Nous plaiderons pour l’absence d’interdiction, comme ces CC0 le permettent, pour mieux connaître l’art et partager cette passion avec les citoyens du monde entier.
Que ce soit par passion personnelle ou pour promouvoir l’image culturelle de la France à l’international, diffuser les œuvres ou objets de sciences et d’histoire devient pourtant  un exercice périlleux, en France, car les agences de droits d’auteur veillent au grain et interdisent de plus en plus ces formats « open », libres de droit. Pas d’œuvre libres d’utilisation en HD pour les musées de la Ville de Paris;  ou « Taxe Google »;Taxe sur les Creative Commons; Taxe sur les images de tous les moteurs de recherche; Photos de musées nationaux des collections publiques, à payer à la Réunion des Musées nationaux….Bref, en conclusion,  nous prenons un retard considérable, à cause de ces interdictions, dans nos politiques Culturelles et Touristiques, par rapport à nos concurrents que sont les pays étrangers.

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MonetI- VOIR LES ŒUVRES EN LIGNE, C’EST…
1- Elles sont là quand je veux et où je veux. Pas de jour de fermeture ou d’horaires contraignants pour ma visite ;
2- Je les vois mille fois mieux, dans le moindre détail (fonction « loupe »), ce qui est impossible dans un musée ou un monument car les gardiens n’aiment pas que l’on mette le nez sur les œuvres ou objets. Je peux aussi en voir la face cachée lors de l’exposition, comme par exemple le dos de cette statue de César, ci-dessous.
3- J’ai du temps ! Et du confort. Pas en station debout – un jour vous compterez le temps nécessaire à bien voir tous les tableaux ou les objets d’un seul musée, et vous verrez que 6 heures en station debout est courant.  Voir les œuvres en ligne du monde entier, c’est possible assis ou même allongé.
4- Je peux rapprocher les œuvres ou les objets situés dans des salles différentes. Je peux les comparer, ce qui est très utile pour la recherche, par exemple ;
5- Je ne suis pas obligée, en ce sens, de faire le voyage Saint-Petersburg-San Francisco-Pékin pour voir les œuvres, cela va de soi mais c’est mieux de le repréciser ici, car il s’agit de longs mois de voyage et de sommes astronomiques, seuls vrais freins à l’évolution des connaissances pendant plus de vingt siècles ;
6- J’ai une somme immense d’œuvres et d’objets à ma disposition, pour la première fois. Plusieurs millions d’œuvres ou d’objets culturels en ligne;
7- Je peux les utiliser ! en téléchargeant les photos des œuvres et les objets, mes possibilités deviennent quasiment infinies : recherche ; illustration ; création de jeux ; commercialisation de nouveaux objets créés à partir de ces œuvres ou objets et surtout : partager ces recherches, ces nouvelles créations ou, ou simplement, ces images.
8- Je peux les partager ! Selon les usages de la promotion touristique, je peux les partager publiquement. Par exemple je peux choisir des œuvres d’art ou des objets historiques comme emblèmes d’une ville ou d’un territoire et de son offre culturelle ou autre. L’important est que ces images des œuvres circulent, que davantage de personnes se les « approprient », qu’elles gagnent en reconnaissance, en notoriété, grâce aux avis des « visiteurs »-internautes, par exemple.

9 – Je peux même en faire un métier! Qui dit « nouvelles ressources » dit aussi « nouveaux métiers »! Par exemple, le Rijkstudio d’Amsterdam récompense, chaque année, les gagnants qui ont su exploiter, au mieux,  ses collections en créant et en commercialisant leurs objets ou démarches : expérience à voir ici sur ce  petit blog.

10- Je me fais des amis dans le  monde entier!  Comme nous le voyons ci-dessous, avec Sketchfab, les professionnels et amateurs du monde entier créent des clubs pour partager leurs ressources et leurs conseils

En conséquence, les connaissances se développent grâce au partage et le Soft Power (réputation, notoriété…) d’une destination (Pays, Ville, Région, musée, monument…) se muscle! Guerre des contenus et des images obligent, chacun souhaite tirer son épingle d’un jeu devenu très difficile depuis que de puissantes plate-forme ont décidées de devenir « maitres du jeu. (Cf. Mon billet sur le Tourisme Créatif d’ Airbnb).

Adoration des MagesII- COMMENT LE MET A MIS SES OEUVRES EN LIGNE
C’est une longue histoire, car les musées américains relèvent beaucoup plus de fonds propres (Billetterie ; revenus des espaces commerciaux – librairies ou boutiques d’objets dérivés – et  Fonds privés ou Mécénat de particuliers, etc…) que du service public, comme vous le savez. Donc, si ces revenus baissent, ce qui s’est passé au MET, tous les projets sont ralentis et parfois certains sont annulés.
Ces trois dernières années furent extrêmement difficiles, pour ce groupe de musées MET, avec des difficultés en tous genre : gros investissement, avec la construction d’une nouvelle aile au MET Breuer pour un coût de 600 M$…). On annonçait même le déclin du Met dans le New York Times , tant les difficultés financières qu’affrontait le Directeur Général du MET depuis 2008, Thomas P. Campbell, étaient fortes, avec la suppression, par exemple, de 90 emplois récemment.
– Et malgré tout, le projet de numérisation en HD des œuvres et objets et des images à utiliser et diffuser sans aucune réserve, y compris, comme le fit le Rijksmuseum d’Amsterdam, à des fins commerciales, est enfin arrivé à son terme. (Voir cette histoire récente du MET, détaillée dans les références de notre « Pour en savoir plus »).
– Si je vous dis tout cela, c’est pour souligner l’importance et les enjeux de ces choix : mettre en ligne a un coût, certes, mais correspond tellement bien aux usages des jeunes, tous internautes et qui souhaitant apprendre via leur mobile, qu’en fait, cela devient une priorité.
Diane Dubray dit cette semaine dans le très bon Cultureveille : « Les musées s’organisent maintenant comme des entreprises ou des laboratoires ».  Certes, et ils le font librement, comme les bibliothèques et d’autres sites et événements culturels, et, pourrait-on ajouter, malgré quelques freins puissants.

Notre article ne serait pas complet sans évoquer quelques-uns de ces freins, car avant que ces mises en ligne de tout ou partie des collections ne se généralisent, mieux vaut connaître l’état des lieux : freins politiques ou freins d’organismes qui profitent encore des rentes de leurs droits, nous ne sommes pas à l’abri de quelques difficultés qu’il s’agit de mieux comprendre, pour y mettre fin le plus rapidement possible et tous ensemble.

SeuratIII – L’EXCEPTION CULTURELLE FRANÇAISE ET AUTRES BONNES EXCUSES …Quels que furent ses mérites, l’exception culturelle française ressemble de plus en plus à un parapluie , à mon avis, et ce parapluie commence à prendre l’eau. Ce qui est normal, après tout,  « ce régime d’exception découle de la loi du 17 juillet 1978, qui aménage une « exception culturelle », bénéficiant à un certain nombre d’établissements. Conçue comme un moyen de protection, cette « exception » joue à mon sens un rôle contreproductif aujourd’hui, en laissant les établissements culturels en marge du mouvement d’Open Data qui se dessine en France, aussi bien au niveau central avec Etalab, qu’à celui des collectivités locales. », disait Lionel Maurel en 2012 dans son bel article , « Pourquoi la Culture est devenue le mouton noir de l’Open Data en France .

Encore aujourd’hui, l’immense appareil juridique culturel (lois, décrets et réglementation culturelle unique au monde) prend insuffisamment compte notre révolution numérique internationale et des nouveaux usages du web. Par contrainte juridique, mais aussi par manque de connaissance ou simple intérêt financier ; en  voici trois exemples récents  :
1- Taxer tout ce qui bouge, comme le montre cette posture de notre Gouvernement actuel que l’on peut résumer par : Un danger, un ennemi à l’horizon ? Une taxe ! Notre gouvernement, puisque nous n’avons pas su créer des Google/Amazon/Apple/Facebook, a décidé de gagner un peu de sous en taxant Google et tous les moteurs de recherche qui produisent des images, y compris notre chère Creative Commons et ses images libres de droit. Donc, même si les auteurs des images veulent qu’elles soient gratuites, cela va devenir impossible, de par la loi, si elles ne nous sont pas envoyées en « privé ».Lire le très bon petit article, paru hier, sur Scinfolex : « Toute l’absurdité de la « taxe Google Image démontrée ». 
 2- Les Droits des Auteurs ou les Droits de quelques organismes qui les récupèrent ? De jeunes professionnels passent généreusement du temps à bien nous expliquer comment et pourquoi ces taxes sont à la fois inutiles et nuisibles, ou comment fonctionne réellement le droit des auteurs. Nous vous recommandons chaleureusement de fréquenter leurs sites et de mettre en œuvre leurs judicieux conseils (Voir dans notre « Pour en savoir plus »).
Nous avons eu, par exemple, cette Loi sur la Liberté de Panorama, dont nous avions constaté, sur ce petit blog, qu’elle était tellement compliquée qu’elle en devenait inapplicable, comme sans doute le sera notre Taxe Google.(Revoir notre billet, ici). 
Nous avons surtout un système de récupération de droits d’auteurs qui profite, comme chacun le sait maintenant, beaucoup aux sociétés qui gérent ces droits et pas forcément aux auteurs.

Rogier Van der Weiden3- Des politiques culturelles indépendantes des usages du web ? On peut citer enfin, cette semaine, ce Rapport sur l’éducation artistique et culturelle sur nos territoires,
qui nous a aussi bien fait sourire : une centaine de personnes vont sur le terrain, apprécient les avancées et de nouveaux projets, mais, sur plus de 100 pages, pas une seule évocation de l’enfant et de l’adolescent-internaute, pour l’Education artistique et culturelle. Pas de projet de MOOCs, pas de projets de numérisation des œuvres et objets culturels des institutions. Ce n’est pas l’argent qui manque, mais sans doute les bons choix : selon les services de Matignon, le ministère de la Culture a « multiplié par deux son engagement depuis 2012, consacrant à cette politique 64 M€ en 2017 , tandis la Rue de Grenelle apporte, de son côté, 2 milliards par an aux enseignements artistiques et aux actions culturelles », dit le Rapport.
– Nous n’y avons pas trouvé, dans ce Rapport, de réflexion sur l’éducation artisitique et culturelle en mobilité; celle , par exemple, des usages de  ces nouvelles petites applications qui jouent un rôle pédagogique ou ludique extrêmement important aujourd’hui (Voir notre billet : Clicmuse, Photos et musées enfin réconciliés). Pas non plus de sites comparatifs, de Ressources pour les classes inversées ou d’évaluation des usages (Tablettes/Smartphone/Applications/ Tutoriels/Moteurs de recherche, etc…). Bref, pour l’Education nationale et le ministère de la Culture, seul les « territoires physiques » et les maîtres « en présentiel » sont aptes à conforter et développer l’Education artistique et Culturelle. Le travail de ces professionnels et élus : revoir les circulaires, réviser les lois nouvelles (adossées à la Loi NOTRe) et conforter l’incontournable Haut-Conseil dont la France a le secret, pour mettre la réglementation « en cohérence » avec les pratiques sur le territoire, DANS les lieux culturels, suivant un parcours, ou DANS la classe. Enfin, a-t-on demandé leurs avis aux enfants et aux jeunes sur ce qu’ils souhaiteraient, en matière d’éducation artistique et culturelle ? Ces avis figurent-ils quelque part dans le rapport ? Non plus. Sans doute sait-on, en Haut Conseil, ce qui est bon pour eux.

The_Metropolitan_Museum_of_Art_GuideIV – CONCLUONS JOYEUSEMENT !
Malgré ces regrettables pesanteurs et les pertes financières qu’elles représentent pour le développement de l’innovation culturelle,  tout va pour le mieux. Dans notre pays comme dans pratiquement tous les pays du monde, chaque semaine naissent de de nouvelles stratégies et de formidables exemples et de réalisations à la fois culturelles, numértiques et touristiques. Chaque organisation culturelle ou touristique peut profiter d’une réelle liberté pour inventer, revoir les méthodes d’approche des visiteurs ou évaluer une pratique et répondre aux nouveaux comportements des visiteurs. Car pour cela nous n’avons pas besoin de circulaire ou de Haut-Conseil. Même si deux mondes étanches, faute de connaissances partagées, existent bien, même si la fracture territoriale risque de se doubler d’une fracture numérique, ne vous inquiétez pas, mes amis : rien ni personne ne peut, pour l’instant, arrêter les évolutions en cours et les trains en marche. Parions donc sur l’extinction progressive des freins, pour aller de l’avant!
POUR EN SAVOIR PLUS
Petit point de vocabulaire:  Ouvrir les institutions culturelles passe par deux types d’action : l’ «open content» (ouverture des contenus) : ouverture des reproductions numériques d’œuvres qui sont elles-mêmes dans le domaine public, et l’ «open data» : ouverture des données concernant ces œuvres (catalogues, bases de données descriptives, etc…).
La meilleure réflexion et documentation , en France, est celui du Blog S.I.Lex, écrit par Lionel Maurel, Juriste et  bibliothécaire,à voir sur  Scinfolex .. Voir aussi ses publications, vraiment très claires, même pour des débutants
Article du New York Times sur les 375000 œuvres du MET, ICI

-Article de Creative Commons sur le MET :  » New York’s Metropolitan Museum of Art releases 375,000 digital works for remix and re-use online via CC0″, à voir ICI , signé Jennie Rose Halperin, le 7 février 2017
Les musées en ligne dans le monde : ICI  comme la  National Gallery of Art in Washington, le Rijksmuseum d’ Amsterdam ou le  The Museum of Modern Art de New-York et les musées et collections de Getty. Pour la France, Open Glam France , qui portait ce débat dès 2011 et lors de la rencontre de 2012 au Centre Pompidou, semble en sommeil, hélas…
Voir aussi Creative Commons ou la Quadrature du Net et tous les sites spécialisés sur le Bien commun et  les Communs. 

NOS PHOTOS
– Notre exemple de César en Computed-Tomography (CT) ( lien ICI) :
vient de https://sketchfab.com/ Jerry Dawson Experienced Laser Scanning, 3D Modeling & Drafting Tech
Légende de la photo : César, par Nicolas COUSTOU (Lyon, 1658 – Paris, 1733)
César Marbre H. : 2,42 m. ; L. : 0,96 m. ; Pr. : 0,96 m. This model is a scan done for the short movie Gloria Victis https://www.artstation.com/artwork/A6doN
Les autres photos viennent des photos en ligne du MET de New York : Claude Monet, 1899, Huile sur toile . l’Adoration des mages de Hieronymus Bosch (env. 1450–1516 ’s Hertogenbosch) ca. 1475, Huile et or. Etude pour Un dimanche à la Grande Jatte de  Georges Seurat  (Paris 1859–1891 Paris) 1884. Huile sur toile – Francesco d’Este (vers 1430-1475) de Rogier van der Weyden (Tournai ca. 1399–1464 Brussels) env. 1460 Huile sur toile.

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Cote-a-cote...KEN LE TOURISTE PARFAIT était perplexe. Devait -il dire la vérité? Raconter des blagues? Le problème était le suivant : Barbie Chérie l’aidait énormément, vous le savez, vous l’avez constaté mille fois, depuis des années.Mais comment le prouver? Car il n’était jamais là, au fond : en voyage, dans ses palaces pour ses Affaires, entre deux avions ou encore en transit, pour un séminaire avec des banquiers… Le problème, c’est que Mattel, qui les avait créés tous les deux, n’avait pas pensé qu’on demanderait,un jour, des comptes sur ses personnages….

 

(2 commentaires)

  1. Dalbéra

    excellent article, bravo Evelyne pour ton travail de veille et d’analyse qui nous est hautement précieux

  2. Evelyne Lehalle

    Merci Jean-Pierre! Quand Dieu me fait un compliment, je rosis de plaisir…Merci de ta fidélité, qui m’encourage comme tu ne peux même pas l’imaginer. Amitié et baisers!

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