On ne présente plus Airbnb, plate-forme mondiale de l’hébergement « chez l’habitant », aimée par les touristes et détestée par les opérateurs historiques (Agences de Tourisme, Hôtels…), les Villes (New-York, Berlin, Paris, Barcelone, qui ont pris des mesures d’interdiction …) ou les Services des Impôts.
Valorisée aujourd’hui à 30 milliards de dollars, la petite start up née en 2008 compte aujourd’hui plus de 3 millions d’annonces de logements dans 34 000 villes et 191 pays pour cette année 2016. Et elle est donc rapidement devenue hors-la-loi , comme de nombreuses pépites qui ont bousculé tous nos usages,car aucune loi n’avait prévu les disruptions des usages numériques, leurs nouveaux métiers et modèles économiques. Les professions « historiques » sont donc en train de regagner la partie » à prestations égales, impots égaux », aujourd’hui. Diverses taxes, avec de nouveaux trains législatifs, commencent à tomber sur Airbnb.
AIRBNB ET SES NOUVELLES DESTINATIONS
Brain Chesky, pdg d’Airbnb, avait sans doute prévu tout cela (amour et détestation, procès et rattrapage fiscal…) depuis longtemps. Il a annoncé le 17 novembre dernier ses nouvelles diversifications avec une nouvelle offre d’ « Expériences » . Et Airbnb a levé un milliard de dollars pour mettre en oeuvre ces nouvelles offres. Car si Airbnb vous proposera toujours des logements pour votre destination, qui resteront encore longtemps et à 90% son activité principale, 10% de ses effectifs vont se consacrer à ces nouvelles Expériences (Trips) liées à chaque destination. Parmi elles, de nombreuses activités culturelles et artistiques existent déjà et d’autres vont suivre.
Et, ô surprise, Airbnb parie des offres culturelles atypiques, en choisissant, plutôt que le patrimoine ou les évènements classiques, un Tourisme Créatif, celui qui est le moins développé, le moins « industrialisé », le plus « fait-main » par les habitants. Ce tourisme prend la forme d’ateliers ou de quelques journées consacrées à apprendre une forme d’art, d’artisanat, de gastronomie ou de sciences. Voilà, pour le tourisme culturel, ce qui est une vraie bonne nouvelle.
I- UN TOURISME DE NICHE ? L’industrie touristique, en France, a encore des réflexes classiques, ceux du tourisme de masse : toute offre doit concerner un certain « volume » de touristes pour générer des marges confortables et des retombées économiques. Le tourisme traditionnel préfère donc des valeurs sûres, comme le patrimoine classique ou un bon vieux festival de Jazz ou de Chanson.
Voici donc aujourd’hui un paradoxe : l’une des plus grandes plates-formes du monde commercialise des offres culturelles restées jusqu’alors confidentielles, et qui ne bénéficiaient pas de la puissante promotion touristique. Pourquoi le fait-elle ? Parce que ces nouvelles offres correspondent à une forte tendance, celle que la plate-forme a déjà utilisé avec succès pour sa stratégie d’hébergement : permettre un contact et une rencontre avec les habitants, et donc de ne pas voyager comme un touriste. Et ce n’est pas une « tendance pour demain », mais bien une réalité aujourd’hui.
QUELQUES EXEMPLES D’ EXPÉRIENCES CULTURELLES PROPOSÉES PAR AIRBNB
– Paris : Alexandre, un jeune sculpteur parisien propose l’une des premières expériences Airbnb de la capitale. Premier jour : rencontre entre participants avec Alexandre, pour faire connaissance, au café Le Renaissance (où a été tourné le film Inglorious Bastards) puis visite d’ateliers d’artistes (Cité Montmartre).Le deuxième jour, Alexandre vous accompagne dans une sélection de galeries d’art parisiennes où vous recevrez un accueil personnalisé. Enfin, vous visitez l’atelier d’Alexandre lors du troisième jour de l’expérience, pour une introduction aux techniques de sculpture, jusqu’à repartir avec une pièce en argile que vous allez sculpter vous-même.(Madyness, ci-dessous dans notre PESP)
- Miami : APPRENEZ LA MUSIQUE : N’allez pas seulement dormir chez l’habitant, à Miami, mais apprenez à créer et mixer de la musique avec une productrice (Elizabeth)! Quatre jours en immersion : 243€ par personne….Pour ne pas voyager « idiot »? Quand le tourisme culturel devient actif, créatif, avec des moments d’échange et de participation. Le petit plus : vivez comme un « local », et découvrez les lieux que fréquentent les habitants…Voir la vidéo ici
- GASTRONOMIE A FLORENCE avec un Chaseur de truffes ! Deux jours (160€ par personne)de cuisine et fooding proposés par Guiglio Membre de l’Académie toscane de la Truffe. Au programme : balade pour découvrir les basiques sur les diférentes variétés de truffes puis la visite- dégustation
- Japon : DÉCOUVREZ LE TRAVAIL DES POTIERS avec Mâitre, Showzi Tokyo · Learn the art of renewing pottery with a master – Immersion sur 3 jours : arts Proposée par Showzi. A voir ICI.
II- LE TOURISME CRÉATIF d’ AIRBNB
Le Tourisme créatif et culturel est celui où l’on fabrique quelque chose, où l’on est mis au défi pour réaliser, pour vivre une expérience : apprendre les rudiments des savoir-faire chez un artisan ou un Chef Cuisinier, un photographe ou toute profession artistique ou culturelle que l’on « avait-toujours-rêver-d’exercer ». C’est, rappelons-le ici :
– un tourisme qui rapproche les compétences des habitants des souhaits des visiteurs ( Vivre comme un local ; meiux comprendre une ville, son histoire, son actualité…);
– Un tourisme qui fait découvrir les façons de vivre, façons de penser des habitants d’une région, d’une une ville ou d’un village ;
– Un tourisme qui peut rajeunir toute offre traditionnelle et un peu « veillotte », comme nous le disions la semaine dernière ;
– Un tourisme, enfin, qui n’est pas une visite culturelle passive : vous allez y participer, échanger, bien concrètement, dans la vraie vie. Loin de la mise en échec de beaucoup de visites culturelles souvent jugées difficiles et où les visiteurs « consomment », une visite déjà préparée pour vous (Expo d’un musée ; monument ; galerie d’art) mais pour laquelle on ne vous demande aucun apport créatif.
– Pour conclure, le tourisme créatif ne met jamais les visiteurs en échec, il engage les visiteurs : difficile, quand on a ce type de rendez-vous, de changer d’avis !
– Le Tourisme créatif peut donc être créé à peu près partout, et même dans des contextes difficiles, comme ce fut le cas pour la Seine-Saint Denis. Ce département défavorisé fait appel depuis plusieurs années à l’identité, la créativité et la jeunesse de son département pour complètement revivifier une offre traditionnelle (Basilique ou fluviale). Ce département est notre exemple le plus abouti, à mon avis, de « destinations » telles que les présente Airbnb, tout comme les Greeters furent les premiers ambassadeurs des habitants et de l’art de vivre de chacun de leurs territoires.
III- CE N’EST QU’UN DÉBUT ?
Oui, car ce choix est encore en « test ». Airbnb décide et contrôle , pour l’instant, toutes les nouvelles activités. Le service est d’abord lancé dans 12 villes pilotes mais les offres nouvelles doivent être agréées par Airbnb qui prendra 20% de commission sur leur prix de vente en ligne
Pourtant je souhaitais en informer ceux qui ne les connaissais pas encore, car, si on ne « voit pas ce qu’il se passe », si on s’en rende compte trop tard, il ne vous reste plus qu’à dire « Je n’ai rien vu venir! ». Ce qui serait dommage car notre pays a tout pour mettre en œuvre ces nouvelles formes de tourisme (Cf. Les nouveaux hôtels/auberges en ce moment et les projets d’ACCOR), et renouveler le tourisme culturel afin de satisfaire des visiteurs avides de plus d’authenticité et de « culture immatérielle », celle qui signe un territoire et son histoire.
– Les grandes usines numériques sont en train de bouleverser tous les opérateurs, y compris les directions et équipes des activités touristiques traditionnelles.Cet exemple en témoigne, une fois de plus.
– Faciliter l’accès à ces offres locales, les mettre en ordre de marche, vérifier leur qualité… Tout cela représente un vrai travail, pour Airbnb, mais présente l’avantage de tout fournir ou presque sur son application : se loger, réserver son transport, une voiture en location, un restaurant, en comparer les prix et pouvoir participer 700 expériences originales. Chaque jour, de nouveaux prestataires proposeront de nouvelles visites, rencontres avec les habitants à Airbnb….sur son site ou via son application. Il y a fort à parier que même les habitants se serviront plus souvent de l’application.
IV- DES CONSÉQUENCES POUR LES OPÉRATEURS CULTURELS ? Même si ces nouvelles offres ne concurrencent pas les visites classiques, comme UBER n’a pas remplacé les taxis, on imagine que la totale désintermédiation (offre directe sur Airbnb sans aucun intermédiaire) va attirer énormément de monde. Ce modèle doit donc interroger les sites et évènements culturels qui risquent aussi de perdre une certaine visibilité si les gens préfèrent visiter une plate-forme pour concevoir leur séjour.
– Dans l’idéal, les acteurs de la Culture pourraient profiter de cette nouvelle donne pour lister toutes leurs compétences et évaluer la qualité de leur tourisme créatif local, afin de l’affilier à Airbnb.
Ces expériences, enfin, témoignent aussi de deux nouvelles orientations : il est souhaitable de rendre beaucoup plus poreuse la frontière entre culture des professionnels (labels, reconnaissance de l’Etat…) et art et pratiques amateurs. Et tout aussi urgent, à note avis, de décloisonner les offres en ixant les genres: : Musique, Musées, Patrimoine, Art contemporain, Cinéma, Villes et Pays d’Art et d’Histoire, etc…… pour rétablir une conversation permanente , une transversalité très souhaitée dans les pratiques culturelles et à l’oeuvre dans le multimedia.
POUR EN SAVOIR PLUS
– PAGTOUR 24 novembre 2016 La chronique économique d’Amid Faljaoui ( Notre photo) –La stratégie cachée derrière les nouveaux services d’Airbnb « Dans le monde numérique, tout va très vite. Se reposer, c’est se condamner à mourir. Car pendant ce temps, les concurrents continuent d’avancer… »
– SIECLE DIGITAL : Airbnb (Le Siècle Digital) Le service qui est en ligne depuis seulement quelques jours propose déjà plus de 500 activités disponibles dans 12 villes : Los Angeles, San Francisco, Miami, Detroit, La Havane, Londres, Paris, Florence, Nairobi, Le Cap, Tokyo et Séoul.
– MADYNESS Valentin Pringuay 24 novembre 2016 : Au-delà du logement : comment Airbnb souhaite changer le monde du voyage
– LE MONDE Economie § Entreprises 20/21 novembre Jérôme Marin, Correspondant à San Francisco : Airbnb s’imagine en agence de voyages. Le début de l’article ICI, pour en voir les références.
- ACCOR et le TOURISME CRÉATIF : une bonne idée du Groupe hôtelier ACCOR, il y a quelques années, mais qui tarde à voir le jour. À voir sur son site Internet, ICI.
- A lire aussi, dans la même veine de diversification pour Airbnb, ce prototype de « nouvel hôtel » au Japon. Airbnb repense les hébergements et surtout les hôtels avec des formats « mixtes » où les habitants sont intégrés dans tous les programmes immobiliers : Airbnb construit ses propres logements pour touristes
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KEN LE TOURISTE PARFAIT était un peu perdu : la dilution des frontières entre professionnels et amateurs lui posaient un problème existentiel : qui était-il ? Son job de Touriste Parfait, qu’il accomplissait avec un professionnalisme quasi-maniaque, lui imposait un tour du monde par semaine, une douzaine de Palaces et autant de réunions d’Affaire. Mais de là à dire qu’il n’improvisait jamais ou qu’il ne s’écartait pas des chemins battus, comme le faisaient les amateurs…Il appela Barbie Chérie, son ex… »Dois-je douter? », lui demanda-t-il la gorge sérrée. « Mais non, jamais! Un Ken ne devrait par dire ça! Tu es LE Touriste Parfait et Créatif ».…
————————————–UNE IMAGE POUR FINIR EN BEAUTÉ
Le beau menu d’Airbnb (Capture d’écran du site Internet le 1 décembre 2016)